www.florainfo.be
http://www.florainfo.be/Le-Parlement-europeen-questionne.html
Le Parlement européen questionne les crises et la pauvreté
Flora transmet sa vision à l’Agora citoyenne
lundi, 7 mars 2011

L’Europe, la pauvreté et l’argent

Le Parlement européen a pour compétence de poser des questions critiques à la Commission et de formuler des propositions et recommandations. Afin d’être en mesure de jouer ce rôle, Le Parlement européen organise régulièrement des moments de dialogue et d’échange entre des citoyens issus de tous les états membres. Fin janvier, une Agora citoyenne a réuni des gens autour du thème : les crises et la pauvreté. Un atelier avait pour thème « comment faire pour mener une vie décente et durable ? ». Aux côtés de Marie-Cécile Renoux pour le Réseau européen de lutte contre la pauvreté, Flora a aussi pu témoigner au nom des femmes précarisées avec lesquelles le Réseau Flora travaille.

Depuis déjà bien longtemps, les personnes en situation de précarité ont compris que la pauvreté n’est pas seulement une question de productivité qui permet d’être compétitif et plus fort financièrement sur le marché du travail. Néanmoins il reste difficile de faire reconnaître que capitaliser et développer son capital social, culturel, psychologique et résidentiel est également essentiel. En somme, dans notre société capitaliste, tout est lié ou évalué par rapport à l’argent. L’argent bancaire est devenu la seul monnaie d’échange reconnue et valorisée. Et elle fonctionne avec le principe des dettes, qui conduisent aux intérêts, qui eux-mêmes contribuent (en partie) à enrichir les épargnants. Dans un système comme celui-ci, vous aurez toujours besoin de personnes endettées pour conserver les intérêts sur votre épargne. Vouloir que tout le monde soit riche est donc impossible dans ce système monétaire. Et la pauvreté semble donc inévitable, à moins que d’autres manières de valoriser le travail soient intégrées, aux côtés de l’argent des banques.

Compte tenu du fait que la prédominance du travail rémunéré – ou le monopole de l’argent bancaire comme moyen d’accorder une valeur au travail –semble à chaque fois être source d’inégalités et de la fracture sociale croissante, il semble que la seule solution durable réside dans un système monétaire régi selon d’autres principes complémentaires à l’euro.

Le « Fleuro » comme système complémentaire ?

En fin de compte, des entreprises et organisations qui donnent une chance aux gens défavorisés, et qui sont, par conséquent,peut-être moins concurrentielles, créent une importante plus-value sociale. Si on inventait un système monétaire pour valoriser cette valeur sociale (appelons-le le Fleuro) et si le gouvernement exigeait qu’au moins un part des taxes professionnelles soit versé en Fleuros, alors chaque organisation ou entreprise serait contrainte de créer ce genre de plus-value sociale pour rester « dans le business ». Imagination naïve ? Rêve éveillé ? Peut-être. Et pourtant dans d’autres pays, les monnaies complémentaires sont déjà sur le terrain. Déployées pour répondre à des problèmes sociaux dans lesquels le marché ne voit aucun profit, elles permettent de créer des solutions durables. Allons voir comment cela fonctionne là-bas.

Supposons que le Fonds social européen exige qu’une partie du cofinancement soit assuré par une monnaie complémentaire sociale, cela permettrait aux entreprises du secteur de l’économie sociale de fonctionner correctement selon leur vision et mission, sans devoir sans arrêt concurrencer les entreprises du marché dit « régulier », où seul compte le profit personnel. Flora a déjà soumis cette suggestion au Parlement européen lors de l’Agora citoyenne de fin janvier.

Vous trouverez la présentation et le texte du témoignage (en anglais) via le lien suivant :
- Présentation témoignage (ppt)

Un système bicéphale plus durable

Les monnaies complémentaires (1) ne visent pas à remplacer le système monétaire classique, mais à l’accompagner en contrebalançant ses effets non-désirables. Elles représentent un excellent instrument pour lier un besoin (soin aux personnes âgées…) à une ressource non-utilisée. Les exemples sont nombreux, prolifiques et souvent astucieux.

Les possibilités offertes par les monnaies alternatives et complémentaires paraissent être un chemin plus direct vers un système économique qui favorise la création de ce qui a vraiment de la valeur. Les défauts du système monétaire classique ont été largement démontrés suite aux crises financières actuelles. On ne compte plus les crises bancaires et monétaires répertoriées par la banque mondiale, les opérations de sauvetage du système par les états, etc. Le besoin d’un système stationnaire et plus durable se fait ressentir cruellement dans un contexte encore trop fragile actuellement.

Par ailleurs, les déficiences du système classique par rapport notamment aux problèmes sociaux tel que le vieillissement ont été mises en évidence. Les monnaies complémentaires ont la possibilité, aux côtés du système traditionnel, de répondre constructivement à ce genre de problèmes sociaux. Bon nombre d’exemples lancés et déjà bien ancrés illustrent la volonté d’intégrer la durabilité de manière structurelle dans les systèmes monétaires créés par des associations de citoyens ou des pouvoirs publics locaux. Et le système classique perdure sur base d’une inégalité entre « ceux qui ont » et « ceux qui n’ont pas ». Pour résoudre ceci, les monnaies complémentaires, quant à elles, laissent peu de place à la spéculation et le système de valeur est donc moins biaisé. Flora a voulu transmettre ceci en témoignant au Parlement européen au nom des femmes précarisées issues des associations du Réseau Flora.

Affaire à suivre !

Notes

(1) Pour en savoir plus sur pour connaitre des exemples et en savoir plus sur le travail de Bernard Lietaer, rendez-vous sur le site www.lietaer.com.