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« We Must Become the Change We Want to See »

Vandana Shiva

Le 18 septembre 2013, Vandana Shiva, scientifique activiste indienne, était accueillie au Parlement européen par les Verts/ALE dans le cadre de la campagne « the food revolution » qui débutera le 2 octobre 2013. Cette campagne est organisée en réaction à la récente proposition de la Commission européenne visant à réglementer la production et la commercialisation des semences. Cette proposition telle qu’elle est formulée aujourd’hui aurait des effets néfastes considérables en Europe, mais aussi dans le reste du monde.

Vandana Shiva est l’une des figures de proue de la lutte contre le diktat de Monsanto, multinationale spécialisée dans les biotechnologies végétales, qui désire breveter le vivant et unifier les productions de semences. Si cette entreprise arrive à ses fins, les conséquences sociales et environnementales seraient catastrophiques, raconte Vandana. Venue d’Inde pour témoigner de la situation dramatique dans laquelle se trouvent les cultivateurs de coton, elle raconte qu’ « aujourd’hui en Inde un paysan se suicide toutes les trente minutes », cette recrudescence de suicide est directement liée au rôle et à la place des OGM (organismes génétiquement modifiés) dans l’agriculture indienne (1). En effet, l’Inde est depuis toujours un des plus grands pays producteurs de coton dont la culture est très complexe. Fragile, la plante de coton est la cible de prédilection de nombreux insectes. Monsanto, leader mondial dans le domaine des pesticides, a lancé en Inde un coton génétiquement modifié, le coton BT, prétendument plus résistant aux attaques des parasites. Bon nombre de paysans, abusés par des publicités mensongères, se laissent tenter par les graines de ce nouveau coton, mais à chaque fois les récoltes engendrées de ces OGM sont catastrophiques : non seulement les plantes ne résistent pas aux insectes, mais surtout elles produisent un coton de moindre qualité. Le prix très élevé des ces nouvelles semences ajouté au manque à gagner dû à la fragilité des plantes et à l’achat en dernières minutes de pesticide, entraine de nombreux Indiens dans un gouffre financier. Beaucoup décident de mettre fin à leurs jours, épuisés par le rythme des récoltes et par l’inquiétude causée par leurs dettes. Cette catastrophe sociale est la preuve que les risques liés aux OGM ont très clairement été sous-estimés. Si nous laissons les entreprises régir le marché de l’agriculture, nous courrons à la catastrophe, met en garde Vandana. L’ASBL Kokopelli cite sur son site quelques autres exemples dramatiques provoqués par la culture de OGM. « l’Inde a perdu ses semences de coton à cause de la contamination générée par le coton BT tandis que le Mexique, le berceau historique du maïs, a perdu 80% de ses variétés traditionnelles de maïs [suite à l’introduction massive d’OGM]. »

Au niveau européen, la loi actuellement proposée compromettrait la diversité végétale qui permet de trouver des solutions naturelles aux parasites ou/et maladies qui attaquent parfois les cultures. Le prix des graines augmenterait considérablement et il faudrait s’en procurer chaque année. Enfin, les graines seraient majoritairement aux mains d’entreprises privées. Elles auraient alors toutes les latitudes pour faire des bénéfices sur des biens qui sont normalement à la disposition de tous et de toutes. Plus concrètement, l’introduction de brevets et de droits de propriété intellectuelle dans le domaine de l’agriculture rendrait illégale la conservation de leurs propres semences par les paysans ! (2)

A l’énoncé de ce sombre tableau, une question retentit dans l’audience : « quelles sont les solutions pour enrayer de telles lois ? » A ce genre de question, Vandana, optimiste et inspirée par Gandhi, répond qu’il faut respecter les lois qui nous semblent nobles, c’est-à-dire celles faites en faveur de tous les citoyens (high laws). Par contre, les lois conçues dans le seul but de faciliter le profit de multinationales et qui restreignent nos libertés, sont elles à transgresser. En effet, « les semences constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire et [sont] la source de l’évolution future de la vie. Il est [donc] de notre devoir intrinsèque et de notre responsabilité de les protéger et de les confier aux générations futures [même si cela signifie être hors la loi] (2)

« Tout le monde peut être un sauveur de graine, prenez mon exemple, je suis physicienne, au départ je ne connaissais rien aux semences ! », dit Vandana. Elle ajoute, reprenant les mots de Gandhi, que pour changer un système qui ne nous convient pas « il nous faut devenir le changement que nous voulons voir ». Toutes les actions basées sur la coopération, la solidarité et le partage sont un pas vers le changement. Toutes initiatives réduisant la place de l’argent et son utilité en sont aussi ! »

Flora ne peut qu’acquiescer à ce sage discours. C’est effectivement en (co)-construisant des solutions solidaires, locales et durables qu’un réel changement s’amorce. C’est partout, et pas seulement autour des tables de négociations des institutions, que les individus et leurs rôles doivent prendre une place centrale.

Plusieurs actions seront prévues lors de la campagne « the food revolution ». Celle-ci débutera le 02 octobre, date de naissance de Gandhi et s’achèvera le 16 octobre lors de journée mondiale de l’alimentation.



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Crédit photo : Jean-Benoît Maréchal