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Votez pour l’Europe !

Des avancées vers l’égalité à consolider et poursuivre…


Face aux "révélations", qui peuvent aussi bien traduire des règlements de comptes personnels que d’authentiques scandales, on peut comprendre que l’électeur/trice moyen-ne hésite à consacrer quelques heures d’un dimanche printanier à aller voter. Pourtant, ne pas s’exprimer, c’est s’en remettre aux choix des autres. Mauvaise stratégie dans un contexte de crise mondiale qui constituerait une occasion idéale pour changer radicalement de système ! Ce constat vaut encore plus au niveau des élections européennes, dont il est malheureusement fort peu question dans la campagne électorale.

L’Europe pour l’égalité

S’agissant de la progression vers l’égalité entre les femmes et les hommes, l’Europe a joué et joue un rôle fondamental en permettant des avancées que les législations nationales n’auraient sans doute pas permises aussi rapidement. Enfin, rapidement… Le principe "à travail égal, salaire égal" inscrit dès 1957 dans le Traité de Rome a beau avoir été transcrit dans la Constitution et dans les lois belges, un écart salarial autour de 24% existe toujours en Belgique entre les hommes et les femmes ! La lutte n’est donc pas finie. Mais qu’aurait-ce été sans l’impulsion européenne, si chaque pays avait évolué à son propre rythme, avec un œil inquiet sur ses voisins et néanmoins concurrents ?

La crise occasion de changement

Si la crise économique est combattue à l’intérieur du système qui vient de faire spectaculairement faillite, les acquis encore à consolider risquent d’être remis en cause de deux manières :

  • renvoi des femmes dans leur foyer, selon le vieux principe de l’armée de réserve que l’on appelle s’il n’y a pas assez de main-d’œuvre ou pas assez de concurrence entre les travailleurs pour les inciter à modérer leurs revendications ;
  • précarisation des hommes licenciés par les usines qui ferment tandis que l’emploi des femmes se maintient – dans quelles conditions ? – dans le secteur des services.

Une régulation européenne sera cruciale, à la fois parce que chaque pays pris isolément n’aurait que peu de poids et parce que le modèle européen mérite d’être renforcé face à d’autres modèles moins sécurisants pour les individus les plus faibles. La manière d’opérer cette régulation n’est évidemment pas indifférente. Cela peut se faire par le haut, en alignant tous les pays sur les législations les plus avancées, ou par le bas, en s’alignant sur les plus rétrogrades, ou en cherchant une "moyenne". Et surtout, cette régulation peut être plus ou moins innovante par rapport au système qui a révélé ses limites.

Les choix qui seront faits auront des conséquences considérables sur la vie quotienne de toutes les femmes et de tous les hommes. Tirer vers le haut les droits des femmes ne peut être que profitable pour celles-ci, cela va de soi. Mais les hommes ont également à y gagner tant au plan individuel qu’au plan collectif. Promouvoir les femmes comme agents économiques et sociaux à part entière est bon pour les femmes ET pour les hommes.

L’équilibrage entre les différents types de travail et entre les investissements professionnels et privés sera déterminant pour l’épanouissement et le bien-être tant des hommes que des femmes. Sans un meilleur partage, les femmes resteront perdantes dans le domaine professionnel et les hommes resteront perdants dans le domaine privé. Or les partisans d’une spécialisation des rôles selon le sexe ne désarment pas et peuvent facilement tirer argument de la crise pour favoriser les priorités qui les arrangent.

Risques de retour en arrière

Ce n’est pas que par rapport à tout ce qui touche à l’emploi et au travail que la vigilance est de mise en Europe pour celles et ceux qui aspirent à plus d’égalité entre les hommes et les femmes. Des voix se font aussi entendre pour remettre en cause les acquis de dizaines d’années de lutte des femmes en matière de droits reproductifs (contraception, interruption volontaire de grossesse) et de droits de la famille. Non seulement, aujourd’hui, par exemple, des citoyennes de certains Etats membres de l’Union européenne sont encore contraintes d’aller avorter dans un autre pays que le leur (si elles en ont les moyens, ce qui crée des inégalités insupportables entre femmes), mais, demain, sous l’influence d’Etats membres où des religions se mêlent des affaires publiques, les lois les plus rétrogrades pourraient faire tache d’huile.

Il est urgent d’avoir conscience de ces enjeux lorsqu’il s’agit de choisir celles et ceux qui nous représenteront au Parlement européen.


Marie-Rose Clinet