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Sampat Pal Devi

A la tête du gang des saris roses

Pour cette newsletter de janvier et pour marquer la clôture des divers évènements qui ont eu lieu lors d’Europalia India, Flora vous présente une personnalité atypique et controversée de l’Uttar Pradesh, une des régions des plus pauvres de l’Inde. Sampat pal Devi chef(fe) de gang des saris roses engagée dans la protection des droits des femmes.

Mariée à l’âge de 12 ans, Sampat Pal Devi fut mère à 15 ans et ne put aller à l’école. Issue d’un milieu extrêmement pauvre, elle fut dès son plus jeune âge témoin et victime d’agressions. Elle constata rapidement que malheureusement en Inde « il vaut mieux naître garçon que fille ». En effet, selon « une enquête de TrustLaw, un service de presse juridique appartenant à la fondation Thomson Reuters, (…) l’Inde (…) (est) le pire pays pour les femmes parmi les 20 principales puissances économiques mondiales. » Viols, menaces, violences domestiques, foeticides féminins, taux élevé de mortalité des fillettes dont les parents n’investissent pas dans la santé, analphabétisme plus élevé que chez les garçons, telles sont une infime partie des sorts réservés à la gent féminine indienne. Révoltée par ces violences qui restent impunies au sein du régime indien extrêmement patriarcal et quasi féodal, elle décide de fonder le gang des saris roses pour mettre fin aux injustices. Avec quelques acolytes, elle commence à dénoncer les employés corrompus, prend à parti les époux violents, se rend à la police pour réanimer des affaires de mœurs étrangement restées en suspend, etc. Le gang des saris roses au départ formé par une dizaine de femmes, compte aujourd’hui dans l’entièreté du pays plus de 20 000 membres tout âge confondus et devient, plus qu’un gang, un véritable mouvement de contestation féministe.(1)

Cette héroïne des pauvres, n’hésite pas à faire usage de la violence dans les cas les plus extrêmes. Les coupables ne voulant pas entendre raison ou les récidivistes se font battre au bâton par une armée de femmes. C’est bien là le paradoxe : de la violence et des intimidations pour empêcher ces mêmes maux. La solution certes est loin d’être idéale, mais elle permet malgré tout de sauver au cas par cas de nombreuses jeunes filles qui se déplacent de toute la région pour lui demander son aide. En effet, cette nouvelle force féminine permet d’impressionner rapidement et rétablit, dans certains cas, l’ordre public. En outre, à défaut de pouvoir changer en profondeur les rouages d’un système patriarcal, cette solution permet d’éveiller les consciences et de rappeler le principe d’égalité entre les hommes et les femmes dont les prémisses sont pourtant présentes dans les discours depuis le 19e siècle en Inde (1). De plus, les fauteurs de troubles sont souvent interpellés dans l’espace public permettant aux citoyens lambda d’assister aux échanges et d’ouvrir les consciences sur des sujets souvent tabous, qui restent trop souvent confinés dans la sphère familiale. Mais plus que tout, ces actions du gang rendent visibles aux yeux des femmes comment en groupe elles peuvent trouver la force de lutter contre les injustices qu’elles subissent.

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