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Mise en valeur(s) du secteur associatif : coconstruction d’un outil participatif

Un pas de plus vers une société où les différentes formes de travail sont valorisées

Suite à une demande criante du secteur associatif, Flora a lancé une recherche-action afin de coconstruire un outil dont le but est de mettre en évidence les différentes formes de travail réalisées par les associations qui, jusqu’à présent, ne sont pas assez reconnues.

L’évaluation quantitative comme modèle actuel

Le secteur associatif semble être unanime : un pan entier de son travail n’est pas valorisé comme il le devrait. Son apport sociétal va au-delà de ce qui peut être montré par des chiffres demandés actuellement par les pouvoirs subsidiants. Aujourd’hui, seule une petite partie des rapports d’évaluation porte sur une description qualitative des projets menés. L’impact de cette description peut d’ailleurs dépendre de la capacité de son auteur à comprendre ce qu’il est attendu de lui et à y répondre.
En réaction à cette situation et pour compléter les critères quantitatifs existants, plusieurs initiatives voient le jour. Des acteurs du secteur associatif s’attellent à mettre sur pied des listes de critères qualitatifs auxquelles il devra répondre pour prouver que du bon travail est réalisé et pour pouvoir bénéficier de subsides. Ce mode d’évaluation ressemble étrangement et peut-être même dangereusement au mode d’évaluation quantitatif déjà existant et reste basé sur une vision productiviste du travail. Si cette méthode s’avère efficace pour améliorer la qualité des services, elle n’est pas suffisante pour apprécier à sa juste valeur le travail du secteur associatif.

Le qualitatif au service des autres formes de travail

Suite à la journée d’étude « Qualité et quantité : unies pour le meilleur et pour le pire ! » du 24 octobre 2012 et à la formation de groupes de travail issus de celle-ci, l’asbl Flora coconstruit avec les acteurs de terrain un outil méthodologique qui permettra de mettre en valeurs les différentes formes de travail réalisées par les associations. Flora élargit de ce fait le regard productiviste des actions menées par le secteur associatif à d’autres formes d’apport sociétal qui ne sont pas encore assez valorisées telles que les relations sociales ou de soin pourtant nécessaires au bon fonctionnement d’une société.
Des animations basées sur des techniques participatives menées auprès des équipes et de leurs publics permettent de faire ressortir les valeurs portées concrètement par l’association. L’animat(eur)rice utilise entre autres un photolangage pour ouvrir les réponses possibles et faciliter la prise de parole.
Sur base d’activités concrètes menées à l’intérieur de l’association, une liste de valeurs portées par celle-ci est mise en évidence. À la fin des différentes animations, les personnes ayant pris part aux rencontres trouvent un sens supplémentaire à ce qu’elles font et sont valorisées pour leur apport à la société.

Le développement de l’outil

Différentes pistes peuvent être envisagées par l’équipe pour donner suite aux résultats : la remise en question de certaines activités menées par l’association, la création d’un projet pédagogique, une nouvelle communication vers l’extérieur,… le tout basé sur les valeurs mises en évidence par l’outil.
En outre, la mise en valeur(s) du secteur associatif permet de montrer ses apports à une société plus solidaire, plus ouverte à l’altérité ou toutes autres valeurs soutenues par la plupart des partis démocratiques et énoncées telles quelles dans leur programme. Cet outil pourrait donc également servir à interpeller les pouvoirs publics afin qu’ils valorisent d’une manière ou d’une autre le secteur associatif qui met en œuvre leurs promesses électorales.
Aujourd’hui, Flora envisage de développer cet outil avec de nouveaux partenaires pour qu’il puisse être utilisé sous forme d’animations croisées entre travailleurs de différentes associations. Ceci afin d’offrir un regard extérieur sur les activités menées et leurs valeurs sous-jacentes. Cette manière de procéder peut être envisagée à condition qu’elle ne soit pas vue par les participants comme une évaluation extérieure supplémentaire, mais bien en tant que valorisation. Cette tournure d’esprit ne semble à priori pas évidente sachant la relation que l’on entretient à l’évaluation en Belgique dès le plus jeune âge : la plupart du temps sanctionnante.

Une vision globale de société

Enfin, suite à la dernière journée d’étude organisée par Flora[1], les acteurs du monde associatif tous secteurs confondus s’accordent à dire que la valorisation de leur secteur doit passer par une écologie de changements. Cet outil de mise en valeur(s) du secteur associatif doit donc s’inscrire dans une vision plus globale de société où s’inscrivent des valeurs dites féminines et respectueuses de la vie telles que l’entraide, la solidarité ou le soin aux générations passées, présentes et futures. La diversité des talents sera valorisée et les personnes pourront plus facilement trouver leur place dans cette société qui reconnaît différentes formes de travail et où il devient par conséquent plus facile de s’y « activer », de s’y insérer. Les formes que prendra la valorisation de cette diversité d’apports sociétaux restent à inventer et font partie de cette écologie de changements.


(1) Bazar cocréatifdu 7 novembre 2013