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La valorisation du travail social

Etat des lieux d’un groupe de travail en projet. Septembre 2012

Suite à la journée d’étude consacrée à la valorisation du travail social, travail inscrit dans une dynamique axée tant sur la qualité que la quantité (1), un groupe de travail s’est constitué pour développer un ou plusieurs outils concrets et pratiques qui viseront à établir un plus grand équilibre entre les critères quantitatifs, omniprésents, et les critères qualitatifs, trop peu valorisés, pour évaluer le travail réalisé au sein des associations avec les personnes en insertion.

Sept organismes ont décidé de répondre à l’impulsion de la journée d’étude et de s’investir dans le projet élaboré par Flora (2) : concrétiser des pistes d’action pour agir, tant au niveau d’un soutien aux associations qu’au niveau d’une sensibilisation à une autre approche de l’évaluation, une approche sensible au genre : vision systémique et non unilatéralement axée sur les questions de formation et d’emploi (travail productif), attentive à la diversité et à une valorisation des différents types de travail.
Si l’on veut réellement élaborer un fonctionnement sociétal inclusif, qui ne génère pas de mécanismes d’exclusion (implicites ou explicites), il est en effet urgent de revoir la notion même de l’emploi. Celui-ci est (re)devenu un facteur d’exclusion : il n’y a pas d’emploi pour tous, d’une part, et le fait d’avoir un emploi n’est plus une garantie de qualité de vie. Ne parle-t-on pas depuis quelques temps de travailleurs pauvres ? Il faudrait sans doute, au-delà du groupe de travail sur la valorisation du travail social, repenser ce qu’on entend par « emploi », de façon à ce que cette notion soit vectrice d’inclusion. Quelle est, en effet, aujourd’hui, la place des personnes qui ne sont pas employables » dans notre société ? Doit-on réellement voir celui ou celle qui n’a pas de travail rémunéré comme un-e « assisté-e », « parasites » d’une société-fourmi ? Les associations qui font un réel travail d’inclusion sociale, mais qui n’ont pas le taux d’employabilité escompté doivent-elles vraiment passer à la trappe ?

UNE DOUBLE CIBLE : TRAVAILLEURS DE TERRAIN ET POLITIQUES

Ce travail de réflexion sur la conception même de notre société prendra sans doute encore des années. Dans le court et le moyen terme, il s’agit bien d’aider concrètement les associations de terrain dans leur travail quotidien, dans la situation actuelle, et de sensibiliser les décideurs politiques et des pouvoirs subsidiants à une autre approche de l’évaluation du travail des associations. L e groupe de travail a donc identifié l’objectif opérationnel qui pourra servir de support à une sensibilisation des politiques et, in fine, qui pourra valoriser l’impact des différentes actions, individuelles et collectives, engagées avec les bénéficiaires pour leur insertion sociale et/ou professionnelle. Il s’agit en effet de réaliser un outil d’évaluation qui développe une approche systémique et qualitative des personnes, avec également des critères quantitatifs qui peuvent servir de repères, tant pour les formateurs que pour les bénéficiaires, et pour les politiques.
Un texte illustré de récits et adressé aux politiques accompagnera cet outil d’évaluation, de façon à ce que les pouvoirs subsidiants et les décideurs politiques perçoivent mieux les enjeux d’une approche transversale de l’insertion, non plus cantonnée dans les seuls critères de formation et de mise à l’emploi.

UN PROJET EN RÉSILIENCE

Le groupe de travail donne l’impulsion et participe directement à ce double-projet, qu’il a défini lors des premières rencontres, en fonction des besoins de chacun des participants. Cette dynamique de co-construction s’inscrit dans un processus, qui, à l’instar des dynamiques d’insertion durables, demande du temps, de la confiance et de la rigueur. Pour arriver à un produit de qualité, il faut trouver un juste équilibre entre le besoin d’aboutissement et le besoin de temps pour installer une vision commune, dans une dynamique participative et dans une relation de confiance et de partage.
Nous voici en plein coeur de la dialectique quantité/qualité : la production d’un outil concret est un moteur pour le groupe, mais pour qu’il soit de qualité, il est nécessaire qu’il s’inscrive dans un processus participatif inscrit dans la durée. Or, il n’est pas toujours possible pour une personne de poursuivre la route jusqu’au bout : changement de cap dans le parcours professionnel, urgences dans les autres axes d’activité professionnelle, plus directement liés au travail de terrain, etc. Ces réalités incontournables rendent l’existence d’un tel groupe précaire, dans la durée. Nous nous inscrivons dans le même cadre de vie que celui des pouvoirs subsidiants, avec la pression d’un résultat rapide pour légitimer le temps consacré au projet, mais avec le risque alors, de ne pas réaliser un outil de qualité.
Les participants au groupe de travail et l’organisme dans lequel ils travaillent font au contraire le choix d’être résilients, de résister à la pression du quantitatif pour poursuivre un travail collectif dans la durée (le projet aboutira en 2013) et dans la confiance, de près ou de loin en fonction des possibilités de chacun.

QUAND LE GROUPE DE TRAVAIL DEVIENT COMITÉ D’ACCOMPAGNEMENT

Le groupe de travail, qui se réunit tous les mois depuis février 2012, est itinérant. Il traverse les associations partenaires (lorsque celles-ci sont accessibles en transports en commun), de façon à renforcer la dynamique participative, l’approche d’égal à égal et la construction d’un réseau : si Flora coordonne la communication, chaque partenaire est partie prenante du projet et peut mettre en évidence la portée de son travail de terrain, qui est spécifique et différent, d’une association à l’autre. Cette approche a été réfléchie en adéquation avec l’outil Du Je au Nous (3), méthodologie de développement de projets collectifs développée par Flora en co-construction avec dix groupes de femmes en insertion, mais que Flora utilise au sein des différents groupes de travail qu’elle anime (Valorisation du travail social, Activation).
Les nécessités d’un avancement dans la concrétisation de l’outil font aujourd’hui évoluer le groupe de travail en un comité d’accompagnement : l’asbl Flora met sur pied une méthodologie de travail qui est affinée et évaluée par le groupe de travail, pour être ensuite développée sur le terrain, avec les bénéficiaires. Un des enjeux de l’évaluation est en effet d’impliquer les bénéficiaires dans celle-ci, dans un esprit de collaboration, et non pas de sanction.
L’outil d’évaluation sera réalisé au travers d’une recherche-action sur le terrain, menée conjointement avec les travailleurs sociaux et les bénéficiaires. Des animations seront proposées par Flora pour des groupes en insertion. Ces animations s’ancreront sur une sensibilisation aux questions de genre, et seront évaluées et adaptées, en fonction des retours des groupes, des travailleurs sociaux qui les encadrent, et du groupe de travail qui a initié ce projet.

UNE INVITATION À PARTICIPER AU TRAVAIL EN RÉSEAU

Si des travailleurs sociaux adhèrent au projet défini par le groupe de travail, il est encore possible de rejoindre celui-ci et de soutenir, en deuxième ligne, le travail de terrain et d’élaboration de l’outil, par une évaluation continue du travail réalisé (monitoring). Par ailleurs, les associations qui souhaitent accueillir Flora pour soutenir le projet en y participant, avec les groupes qu’ils encadrent, au travers d’animations de 2h, sont invitées à nous contacter pour fixer une rencontre préalable aux animations. Il est pour nous en effet important de pouvoir diversifier le plus possible les contextes (Education permanente, EFT, OISP, bénévoles, alpha, etc.) dans lesquels nous développons l’outil, de manière à ce que celui-ci soit flexible et adapté au plus grand nombre.
Pour toute information complémentaire et/ou motivation à s’inscrire dans ce projet en réseau, merci de prendre contact avec Isabelle De Vriendt : isabelledevriendt[at]florainfo.be


NOTES
(1) Qualité et quantité : unies pour le meilleur et pour le pire ! Quelles politiques pour la valorisation du travail social ?, 24 octobre 2011. Le rapport de la journée est disponible ici
(2) Il s’agit de Crédal, les CSEF Namur, l’Interfédé, l’asbl J’ai Pigé, l’entreprise Picobel’eau et le SAREW.
(3) Du Je au Nous|Van Ik naar Wij. Parcours, outils et perspective pour stimuler la participation citoyenne dans un groupe, Isabelle De Vriendt & Sofie Giedts, Flora, 2010. Téléchargeable gratuitement sur www.du-je-au-nous.be