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L’Europe entre politique sociale et économie

3 septembre 2010
Les défis de la Présidence Belge

La Présidence belge de l’Europe offre la possibilité à la Belgique d’influencer l’agenda des politiques européennes. Comme réseau belge, Flora y voit plein de défis pour renforcer la durabilité sociale de la société !

Un exemple révélateur

Le magazine Vacature a publié le 7 août 2010 un article sous le titre : ‘Comment trouver un esclave en 4 heures ?’ Le journaliste d’investigation et reporter Benjamin Skinner a parcouru le monde pour s’informer sur le phénomène de l’esclavage. Ses conclusions sont bouleversantes !

L’esclavage n’est pas seulement un phénomène issu d’un lointain passé, tel que les auteurs Toni Morisson et Alice Walker ont pu dépeindre l’image dans leurs histoires des hommes, des femmes et des enfants qui travaillaient, vivaient et mourraient dans l’esclavage sur les plantations de coton aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, le commerce d’esclaves évolue intégralement dans la clandestinité. Il est donc très difficile de s’en faire une image. Il reste abstrait. Mais certains chiffres en disent long…

  • Le nombre d’esclaves est aujourd’hui estimé entre 20 et 25 millions d’individus.
  • Le coût d’un esclave était évalué auparavant à l’équivalent de 30.000 dollars. On peut désormais se procurer un esclave pour seulement 100 dollars, papiers inclus.
  • L’esclavage n’est pas un phénomène limité à l’Afrique et à l’Asie. On le retrouve également dans l’Europe de l’Est et de l’Ouest ainsi qu’en Amérique. Aux USA, 50.000 individus travailleraient comme esclaves.
  • Hommes, femmes et enfants travaillent comme esclaves dans le ‘travail productif’ (secteur agricole, construction) et dans l’industrie du sexe, mais aussi comme personnel domestique. Dix pourcents de l’esclavage serait attribué à l’industrie du sexe.

Il ne s’agit pas ici de personnes qui « jouissent » d’un salaire de misère ou qui travaillent de longues heures interminables dans des conditions inhumaines. L’esclavage est l’apanage de personnes qui travaillent sans aucune rémunération en contrepartie, et qui sont régulièrement confrontées à des violences physiques, mentales et/ou sexuelles. Ils travaillent pour rembourser une dette, imaginaire ou non, souvent durant des générations. Les « maitres » gardent en otage les enfants et les familles et prennent possession de leurs « corps et pensées ».

L’asbl ORCA, organisation pour les Travailleurs Immigrés Clandestins membre de Flora, est active en Belgique depuis 2003 pour mettre en lumière la situation de travail des personnes sans papiers. L’association cherche à construire une image du phénomène pour éveiller les consciences, sensibiliser et surtout agir.

Une impasse

Que peut faire le politique ? Pas moins de 12 conventions internationales ont déjà été conclues en vue d’éradiquer cette pratique. Mais les marchands d’esclaves n’en ont que faire. Le business est le business. Ces politiques n’ont aucun effet sur ces « commerçants ».

Pour transposer cette impasse dans un cadre ‘genre’ du travail, il faut comprendre que le travail productif – dont les bénéfices sont comptabilisés en argent – joue au détriment

  • du travail social (relations sociales équitables et justes),
  • du travail de soin (relations parents-enfants) et
  • du travail pour soi (l’autonomie et le bien-être de l’individu). L‘équilibre est totalement corrompu, et le politique semble lui aussi être impuissant face à ce phénomène. Cette obstacle montre qu’il est nécessaire de prendre en compte la diversité de ces formes de travail pour lutter contre des phénomènes tels que l’esclavage. Comme la biodiversité est nécessaire à la survie de la planète, des mesures politiques impliquant la diversité de la notion de travail sont essentielles. Quels enseignements ? On admet généralement que cette chasse au profit est nocive pour l’environnement, et ne respecte ni les ressources de la planète, ni la biodiversité indispensable et vitale. En revanche, il est plus difficile d’intégrer l’idée que la logique monétaire exerce également une pression sur la dignité humaine et conduit à plus d’inégalités. Au contraire, le travail rémunéré est toujours promu comme unique solution à la pauvreté. Or, des études du Bureau fédéral du Plan montrent qu’il n’existe aucun lien statistique entre le Produit National Brut et la pauvreté ni entre le taux d’emploi et les chiffres de pauvreté (1).

Qu’il soit cependant bien clair que Flora, comme réseau d’organisations actives dans le paysage de l’insertion socioprofessionnelle, ne se positionne pas contre le travail rémunéré. Flora explore des pistes innovatrices pour créer de façon durable des chances égales pour tous les groupes d’individus. Et cela passe par un équilibre entre le travail rémunéré et d’autres formes de travail, comme le soin, la réalisation de soi et la participation. Cela demande aussi une conciliation entre les politiques sociales et économiques, politiques qui trop souvent poursuivent leur ‘propre’ logique. Cet équilibre est envisageable si la logique monétaire (basé sur l’argent bancaire) n’est plus considérée comme la seule possibilité de valorisation du travail. Nous espérons que l’Europe peut contribuer à une meilleure intégration entre l’économique et le social. Dans la nouvelle année de travail devant nous, Flora va continuer à explorer des pistes alternatives via des projets variés. Nous vous invitons d’ores et déjà à participer à la réflexion.

(1) Greet De Vil, Michel Englert, Jean-Maurice Frère (2010), Armoede, vergrijzing en economische context : basiscijfers (La pauvreté, le vieillissement et le contexte économique : chiffres de base). Présentation à la conférence "La pauvreté et le vieillissement », organisée par la Fondation Roi Baudouin, le 27 avril 2010. Voir lien