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Journée d’étude Vie féminine : Rencontres avec les institutions.

La caravelle des droits des femmes

Ce mercredi 03 juillet 2013, l’ASBL vie féminine via les actions de la Caravelle des droits des femmes organisait une journée de rencontres avec les institutions belges. Leur objectif : la mise en place de changements pour des institutions favorables aux droits des femmes. La caravelle des droits des femmes définit une institution comme étant « un service ou une organisation qui sert d’intermédiaire entre les citoyen-ne-s et leurs droits » (1)

Bouillonnent féministe à Namur

Dans l’immense hall des sports se pressent des silhouettes de tous les âges. C’est l’effervescence devant les feuilles d’inscriptions pour les ateliers de l’après-midi. . Il y a tant d’ateliers qu’on ne sait plus bien où donner de la tête. Les représentantes d’un grand nombre d’institutions (Forem, justice de paix, office national des pensions, etc.) ont répondu à l’invitation, et on a toutes beaucoup de choses à leur dire. Une fois les inscriptions aux deux ateliers de l’après-midi clôturées, la conférence peut commencer. Martin Wagener, chercheur à l’UCL, nous présente son sujet de recherche et les tristes constats qui l’accompagnent.

Les femmes face aux institutions : Entre protection sociale et contrôle

Martin Wagener, dont la thèse traite des trajectoires de monoparentalité au niveau de la relation au travail et au logement dans la région de Bruxelles-Capital, commencera par préciser que la journée se concentrera sur le dialogue entre les femmes et les institutions publiques et juridiques. Ensuite, il présentera le rôle initial des institutions et ce qu’elles sont devenues. Au départ, érigées à la suite des diverses luttes sociales, elles ont désormais une position ambivalente. En effet, elles sont plus aujourd’hui chargées du contrôle de la population que de subvenir à certains besoins, oubliant leur rôle premier.

Suivra alors dans l’exposé la description du sombre tableau supporté par les femmes et plus précisément celles en situation de monoparentalité. Il tire de divers sondages, mais également des 60 témoignages qu’il a réalisés sur deux ans, des informations précises reflétant la dureté des certaines situations. Partant tout d’abord du constat que les parcours de vie sont inégaux, selon qu’on soit une fille ou un garçon, né(e) dans une famille riche ou pauvre, qu’on soit belge ou d’origine étrangère, vivant à Schaerbeek ou à Lasne . Il énoncera toute une série de pourcentages où celles qui ont systématiquement la position la plus délicate sont les femmes, célibataires, d’origine étrangère. Ces chiffres témoignent de la difficulté majeure des femmes à articuler le travail et leurs responsabilités de mère. Citons par exemple comme entrave à la conciliation de leurs différents rôles (mères/femmes) : le manque de crèches qui pousse les mères à prendre un emploi à temps partiel ou pire à stopper leur activité professionnelle. Les chiffres démontrent qu’à Woluwe St Pierre neuf enfants sur dix ont une place dans une crèche, contrairement à Molenbeek où environ huit enfants sur dix n’en ont pas. C’est justement dans cette même commune que le taux de chômage des femmes est extrêmement élevé. En effet, n’ayant pas d’autres choix que de s’occuper des enfants, les femmes se mettent en péril financièrement, aussi bien dans le présent que dans l’avenir. Que dire encore du laxisme quant au payement des pensions alimentaires en cas de divorce, qui, disons-le, doivent revenir majoritairement aux femmes, car elles ont le plus souvent la garde des enfants. Monsieur Wagener révèlera également que suite aux mesures d’austérité et au durcissement des règles pour l’obtention du chômage, on a relevé qu’en 2010 la moitié des personnes exclues du chômage cette année-là étaient des femmes en situation de monoparentalité. Un non-sens qui sidère toute la salle. Cette règle faite pour les « mauvais » chercheurs d’emploi, qui en plus du chômage cumulent avec de petits boulots, stigmatise un public déjà socialement en difficulté. À la fin de la conférence, une grille d’analyse nous est présentée, celle-ci permet de définir et de situer les institutions afin de mieux dialoguer avec les représentants de celles-ci. Dans son tableau il distingue :


L’approche émancipatrice

  • But : protéger et aider les individus
  • S’appuie sur l’accompagnement des personnes
  • Affirme les compétences des personnes (en s’articulant souvent avec d’autres mesures, institutions ou politiques)
  • Basée sur des principes de solidarité, d’émancipation, et de co-responsabilité
  • Par rapport aux femmes : logique d’autonomisation

L’approche social-sécuritaire

  • But : protéger les individus, tout en protégeant la société
  • S’appuie sur : l’implication des personnes
  • Repère et traite des situations « à risque »
  • Basée sur la responsabilisation des personnes dans une logique de contrôle social et moralisateur (on leur fait la leçon pour leur bien et le bien de la société)
  • Par rapport aux femmes : logique paternaliste (protection dans le cadre des rôles sexués traditionnels)

L’approche sécuritaire

  • But : contrôler les individus pour protéger la société
  • S’appuie sur : des injonctions, pressions et contrôles sur les personnes
  • S’adresse à des victimes, exclues, assistées, inadaptées, déviantes, non-intégrées. (conception négative de son public)
  • Basée sur les normes et modèles majoritaires ou dominants
  • Par rapport aux femmes : logique sexiste, raciste ou logique d’égalité formelle.

C’est avec la grille d’analyse et quantité de sondages en tête que nous partons à la rencontre des différents intervenants des institutions, qui n’ont malheureusement pas assisté à cette conférence. (2)

Les femmes et le TEC

Le choix de cet atelier ne fut guère difficile, car le thème des transports en commun cristallise de manière très concrète des difficultés quotidiennes et loin d’être anodines, qui peuvent être reliées à deux projets entrepris à Flora. Tout d’abord, le thème des transports en commun évoque les complications de déplacements lorsqu’on est mère, cela se complexifie encore si l’on élève seule ses enfants. … Des questions d’ordre pratique, comme celle à propos des grilles horaires, sont soulevées. En effet, celles-ci sont seulement adaptées aux horaires des travailleurs et des élèves. Imaginons une mère seule qui doit faire les courses, aller à la crèche, etc., et qui sort donc des horaires « standards ». Le temps passé dans les transports est alors inimaginable.

Ensuite, le thème de la fracture numérique. En effet, on a vu fleurir à Bruxelles avec l’arrivée du Mobib, quantité de bornes électroniques. Ces bornes, censées aider les voyageurs à acheter leurs billets plus rapidement et à moindres coûts, ont comme effet immédiat d’exclure des groupes précarisés. On ne compte plus les personnes âgées incapables d’utiliser ces bornes, ainsi que les personnes illettrées et souvent plus pauvres, qui ont elles aussi du mal à s’en servir. Ces personnes doivent souvent se résoudre à acheter leurs tickets dans le bus et ce, 60 cents plus chers. D’autres participantes soulignent des problèmes tels que la disposition d’un réseau en étoile, qui contraint à faire des détours ridicules et engorge les centres villes. On cite le prix des voyages, qui reste élevé malgré que les coûts liés aux transports des personnes soient en majeure partie pris en charge par les régions. On souligne également les défauts des enquêtes de satisfaction qui prennent en compte uniquement les avis des utilisateurs des TEC. Quid de ceux qui ne les utilisent pas, parce que le réseau actuel ne répond justement pas à leurs besoins ? Tous les points soulevés dans l’atelier dévoilent un manque de communication flagrant entre l’institution et ses usagers.

Heureusement, Carine Zanella, Directrice marketing du TEC Liège, est présente pour répondre à nos questions et tenter d’inverser la tendance. Celle-ci commence par expliquer le fonctionnement du TEC, du mode de prises de décisions et explicite quelques-unes de contraintes majeures rencontrées dans son entreprise. Les limitations constantes de leur budget en font partie. Elle explique le problème auquel le TEC est confronté : les budgets se font de plus en plus serrés, il y a donc moins de moyens pour maintenir toutes les lignes. On préconise alors de fermer celles qui sont le moins fréquentées pour renflouer les lignes principales. Or la perte de ces petites lignes détériore la qualité du service et provoque la perte d’utilisateurs et donc une diminution de fréquentation sur certaines lignes. Le serpent se mord la queue et les utilisateurs sont les premiers à pâtir de ces effets pervers.

Femmes et pensions

Dans cet atelier, il est aussi question de révision des budgets. Avec les nouvelles réformes, les pensions seront principalement calculées sur les années de carrières individuelles. L’obtention de pensions dites de « survie », de divorce ou encore de cohabitante sera désormais plus difficile à obtenir. Une catastrophe, pensent la plupart des intervenantes de l’atelier. En effet, même si nombreuses sont les associations féministes qui veulent que toutes les femmes puissent jouer un rôle dans la vie active et professionnelle, nous sommes toutes autour de la table convaincues que la mise en application de telles mesures dans le contexte actuel n’aura pour seul effet de fragiliser encore plus la position des femmes. Comment cotiser pour sa pension s’il n’y a pas suffisamment de crèches pour permettre de travailler ? S’il y a toujours des discriminations à l’embauche selon les sexes ?etc.

A la sortie des deux ateliers

A la sortie des deux ateliers, on constate que le sort des femmes est toujours en fâcheuse posture, et qu’avec les restrictions budgétaires, les maigres avancées acquises sont passées à la trappe et cela, souvent sans que cela soit porté à la connaissance du grand public. De plus, les deux ateliers révèlent deux problèmes majeurs qui concernent bon nombre d’institutions, à savoir le manque de communication et de concertation avec les publics à qui s’adressent les aides et les réductions budgétaires. Premièrement, concernant le manque de communication, Flora préconise les rencontres où chaque intervenant est considéré comme co-expert. En effet, pour obtenir un service de qualité qu’y a-t-il de mieux qu’une concertation avec ceux qui en bénéficient ? Deuxièmement lorsqu’il s’agit de diminutions budgétaires, les institutions semblent trop vite vouloir résoudre le problème en termes de rentabilité. Or lorsqu’il s’agit d’un service pour les citoyens est-il vraiment judicieux de raisonner en ces termes ?

Pour en savoir plus sur les thèmes abordés lors de cette journée, consultez les articles produits par Flora :


(1) Vers des institutions favorables aux droits des femmes – explicatifs de la semaine d’étude
(2) Conférence Martin Wagener 03 juillet 2013-07-12

Photo copyright Vie féminine