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Bonnes nouvelles pour une économie durable

27/11/2009

Pour la première fois dans l’histoire une femme remporte le prix Nobel d’économie ! Les journalistes mettent cet événement, en rupture totale avec la tendance, en lien avec la crise financière et économique mondiale : qu’un adepte de l’idéologie du libre marché aurait pu obtenir la récompense, était bien peu probable. Justement… Lauréate du Prix Nobel, Elinor Ostrom se distingue par son travail sur les formes collectives de gouvernance économique. Une femme qui met en lumière des modèles économiques alternatifs… Tous nos regards se tournent vers elle !

Sortir des sentiers battus…

La recherche d’Elinor Ostrom se préoccupe de promouvoir une meilleure gestion des ressources naturelles en rapport avec la croissance démographique et l’épuisement de l’environnement. Les théories économiques dominantes entrevoient seulement deux options : soit la libéralisation (tout doit être géré par l’initiative privée), soit le contrôle de l’Etat (une collectivisation totale de la gestion). La question qui se pose alors, est laquelle des deux est la meilleure option, laquelle débouche sur de meilleurs chiffres, sur une croissance. L’économie classique fractionne une réalité complexe en posant des antagonismes simples : privé ou collectif, blanc ou noir, plus ou moins, vrai ou faux, gagnant ou perdant. Le travail d’Ostrom se détache de ce modèle binaire qui hiérarchise la pensée. Les études qu’elle a menées portaient sur des projets dans lesquels des groupes locaux gèrent collectivement leurs ressources naturelles telles que les prairies, les forêts, les lacs et les bassins d’eaux souterraines. Ces projets ont prouvé l’efficacité, en termes de résultats, de ce modèle par rapport aux théories prévisionnelles de l’économie classique.

En s’appelant Madame…

Le Comité Nobel n’est pas le seul à reconnaître le rôle que la femme peut et doit jouer au sein de la société. Ces dernières semaines, le renforcement de la position des femmes a été exigé sur plusieurs fronts : dans les nouvelles fonctions à responsabilité européennes, les cabinets ministériels, les conseils des grandes entreprises, les médias … L’argument, parmi d’autres, est que les femmes prennent moins de risques, sont adeptes du compromis, et se soucient mieux des générations futures. La prise de conscience que le modèle patriarcal n’est pas durable et nécessite un réajustement en termes de genre se répand..

Pour une durabilité aussi ‘sociale’…

C’est un exercice intéressant d’adapter les idées d’Ostrom à la question de la gestion durable des « ressources humaines », des talents et de la participation de tous les citoyens. Dans notre économie néo-libérale, le marché du travail est essentiellement dicté par les intérêts privés des employeurs, et là, c’est toujours le modèle du gagne-pain qui est le plus productif. Les femmes ont difficile à se maintenir dans la lutte pour des emplois à part entière, les hommes et les femmes ont du mal à combiner le travail ‘rémunéré’ et la vie de famille. Est-ce durable ?

Dans la politique d’activation par contre, le gouvernement est considéré comme « gestionnaire le plus efficace ». Des services tels que le FOREM, VDAB et Actiris fournissent un parcours individualisé vers le travail rémunéré. Or, cette approche individuelle est souvent menaçante pour les groupes les plus vulnérables : ils considèrent « le gouvernement » comme une entité anonyme qui les contrôle, sanctionne et impose ces normes. Parfois, cette perception sous-entend une opposition entre un « nous » et un « ils » : le gouvernement représentant « le bloc puissant », contre « nous, les exclus sans défense ».

Et le prix Nobel est pour…

Les organisations membres de Flora se présentent comme des "collectivités locales" qui se battent pour une insertion durable avec les publics les plus vulnérables. Comment passer du « Je » au « Nous » ? Comment soutenir la « participation sans aliénation » ? Comment identifier le « vrai travail » des acteurs d’insertion ? Ce sont tous des projets récents de Flora, dans lesquels la plus-value unique des associations pour une économie socialement durable est rendue visible et renforcée. Indirectement ce prix Nobel chante donc aussi les louanges de tous nos partenaires à la recherche d’une gestion des ressources humaines plus sensible au genre et plus durable. Merci Elinor Ostrom ! Et félicitations à nos partenaires !


Anne Snick