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Affaires de Femmes, Femmes d’Affaires devient Crédal Entreprendre

27 juin 2012
De l’entrepreneuriat féminin à l’entrepreneuriat à visage humain.

Partant du constat que, bien que représentant la moitié de la population désireuse d’entreprendre, les femmes ne représentent que 30 % des indépendants et que cet état de fait trouvait sa source dans une discrimination de genre, Crédal a fait le choix d’encourager et de renforcer l’entrepreneuriat féminin en mettant en place un accompagnement adapté à ses réalités. Une première collaboration a vu le jour dans le cadre d’un partenariat fédéral avec les associations Vie Féminine, Hefboom, Stebo et Unizo. Cela fait 5 ans maintenant que Crédal, en tant que promoteur de l’action, a poursuivi l’initiative.

Bref rappel

Affaires de Femmes, Femmes d’Affaires (AFFA) s’adresse aux femmes sans emploi qui portent un projet d’entreprise et en sont au début de leurs démarches. Ce programme leur propose des outils pour vérifier la faisabilité de leur projet et le cas échéant, leur permet d’être accompagnées jusqu’à la création. Ce dispositif se distingue par les valeurs qu’il véhicule : l’esprit de coopération et le soutien réciproque entre les candidates entrepreneures, mais aussi la recherche d’un juste rapport à soi, à l’autre, et à son environnement.

Ce programme est logé au sein de Crédal, une coopérative d’épargne et de crédit alternatif qui propose à ses coopérateurs un placement stable, 100 % éthique et solidaire. Le capital ainsi rassemblé permet de financer des associations et des entreprises d’économie sociale, des personnes exclues bancaires qui souhaitent lancer une activité d’indépendant ou acquérir des biens indispensables à leur quotidien.

Naissance de Crédal Entreprendre

Plusieurs années de discrimination positive dans l’accompagnement de projets ont permis à Crédal de faire le constat de la richesse qu’apportent les femmes dans leur approche de la création d’entreprise. Cette approche globale, par les valeurs, vient compléter l’approche traditionnelle par l’étude de marché et le plan financier. Elle intéresse bien entendu aussi les hommes. C’est pourquoi 2012 verra Crédal ouvrir progressivement ses activités d’accompagnement à la création à un public mixte tout en gardant ses outils et son approche genre.

Ce développement s’accompagne de la création de l’ASBL Crédal Entreprendre dans laquelle sont maintenant logées nos activités d’accompagnement et son agrément par la région Wallonne comme Structure d’Accompagnement à l’Autocréation d’Emploi (SAACE) Il pose toute une série de questions auxquelles nous nous attelons à répondre.

A propos de la discrimination positive

Notre 1er thème de réflexion concerne notre choix de réserver notre programme de validation aux femmes porteuses de projet et d’ouvrir nos activités d’accompagnement à un public mixte de porteu-se-r-s de projet déjà plus avancés dans leur intention de créer et/ou dans leurs démarches.

Nous avons fait ce choix parce que nous pensons qu’un grand nombre de femmes hésitent à se lancer ou abandonnent leur projet d’entreprise pour des raisons liées aux rôles, aux compétences et à la place que la société d’aujourd’hui leur donne ou attend d’elles. Notre programme aborde ainsi de façon transversale des thèmes qui les questionnent particulièrement liés à la conciliation vie privée – vie professionnelle, au rapport aux risques, au rapport à l’ambition, etc. Les femmes peuvent alors parler librement de questions qu’elles n’aborderaient sans doute pas dans des groupes mixtes. Elles partagent leurs réalités quotidiennes et se soutiennent l’une l’autre. Nous pensons également que ce programme participe à la nécessaire visibilisation de l’entrepreneuriat féminin.

« Pour moi, AFFA c’est bien plus qu’une formation à la création d’entreprise ; on apprend énormément sur soi-même, sur ce qui fait moteur chez nous, ce qu’on souhaite vraiment pour soi-même, pour sa vie, sa famille ; suite à la formation, mon mari a spontanément pris un congé parental et je vois que ma fille cadette prend de l’indépendance ; je sens vraiment que c’est parce que moi j’ai changé, suite à la formation AFFA, parce que moi je sais mieux ce que je veux, que toute la famille a pu changer avec moi, pour m’aider à réaliser mon projet professionnel. » (Isabelle Gilles, Session Namur 2009)

Cependant nous nous questionnons régulièrement sur la pertinence de ce choix. Ne renforce-t-il pas les stéréotypes qui voudraient que certaines questions ne soient portées que par les femmes ? L’évolution de la société de voit-elle pas apparaître des hommes qui désirent sortir des rôles traditionnels qui leurs sont dévolus ou à qui la vie impose des réalités et des contraintes qui jusqu’ici étaient souvent portées uniquement par les femmes ? Comment accueillir et accompagner les porteurs de projet qui voudraient intégrer notre programme de validation ?

L’approche par les valeurs

Notre second thème de réflexion concerne notre choix d’inclure dans l’accompagnement une approche par les valeurs. Nous sommes souvent étonné de voir combien les porteu-se-r-s de projet décidé-e-s à se lancer et les entrepreneur-e-s en activité négligent la dimension privée et environnementale de leur projet. Or la bonne santé physique, mentale et émotionnelle de même que le soutien des proches et l’intégration du projet dans son environnement sont des éléments clés de la réussite. Comment mettre l’accent sur ces dimensions dans l’accompagnement au même titre que les questions liées au positionnement sur le marché, à la stratégie commerciale ou au financement de l’entreprise ? Comment sensibiliser les porteu-se-r-s de projet à ces questions sans les faire fuir en utilisant un jargon éloigné de leurs réalités ? Quels seraient les bons outils et les bons indicateurs de résultat à ce niveau ? A contrario, nous rencontrons aussi des porteu-s-e-s dont les valeurs de solidarité et le projet de vie leur font oublier la nécessité de tenir compte également des réalités du marché et des contraintes financières. Ces personnes rencontrent des difficultés à positionner leur projet, ont souvent tendance à brader les prix et vont parfois jusqu’à négliger l’importance de générer un revenu suffisant que pour couvrir leurs charges quotidiennes.

L’apport de Flora

Depuis quelques temps déjà, Flora apporte des outils qui alimentent notre réflexion et notre approche méthodologique. Notre équipe a ainsi participé à des formations sur le genre, sur le job-coaching ou sur l’accompagnement collectif, de même qu’à des journées de réflexion et groupes de travail sur la valorisation du travail social. Le processus de co-construction défendu par Flora et la réflexion théorique qui sous-tend son positionnement fait écho avec les choix portés par Crédal et par notre département en particulier. Nous pensons que Flora peut nous aider à travailler à la fois sur le plan théorique, méthodologique, communicationnel que ce soit par le cadre d’analyse qu’elle a mis en place, par les outils partagés au travers des formations et des activités réseaux organisées ou par des moments d’intervision.

Conclusion

Nul doute que ces questions participent à/sont suscitées par l’émergence d’une nouvelle forme d’entrepreneur-e-s qui se soucient de (re) trouver une place équilibrée dans la société et de participer à un mode de production qui a du sens pour elles/eux. L’accompagnement, le soutien et le financement d’entreprises qui participent à une économie durable et solidaire fait partie des objectifs de Crédal.