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20 août 2009


Une vision optimiste des titres-services


J’ai même rencontré une nettoyeuse heureuse…

Les titres-services font couler beaucoup d’encre et c’est souvent pour affirmer que les emplois qu’ils créent ne sont que des sous-emplois tout juste bons pour celles qui ne peuvent rien trouver d’autre. Il m’a pourtant été donné d’entendre tout autre chose de la bouche d’une femme directement concernée. Certes, une hirondelle ne fait pas nécessairement le printemps. Mais les satisfactions que procure le métier valent aussi d’être considérées.

6H45 à l’arrêt de bus. Ma jeune voisine sort de chez elle et nous nous saluons.

– Je suis contente, me dit-elle. Je vais travailler.

– C’est chouette d’être contente d’aller travailler. Vous faites quoi ?

– Je travaille dans les titres-services. Pour le moment, je suis en stage et je vais être engagée. Je suis contente.

– Ce n’est pas trop difficile d’aller chez vos différents clients ?

– Je me déplace en bus. ça va. Ma patronne est étonnée. Je ne suis jamais en retard, alors que les autres…

– Vous avez combien de clients par jour ?

– Aujourd’hui, j’en ai deux. Maintenant à Embourg et l’après-midi au centre ville.

– Ce n’est pas trop fatiguant ? C’est un métier physique tout de même…

– Oui, c’est vrai. Le samedi, je suis contente d’être le week-end. Mais j’aime bien. Quand j’avais 12 ans, je rêvais de nettoyer, ranger… J’aime ça ! C’est gai de rendre tout propre.

– Et avec les clients, ça va ?

– Oh oui. Souvent elles ne sont pas là quand je nettoie. Oui, vraiment, j’aime bien.

Le bus qui arrive interrompt notre conversation. Ma voisine s’installe et branche son baladeur. En regardant défiler le paysage, je médite sur les vocations et sur la fierté du travail bien fait. Pour moi qui suis heureuse quand j’ai fini de nettoyer, cette envie de nettoyer reste étonnante. Mais je suis ravie de constater encore une fois, car ce n’est pas la première femme qui me le dit, que le choix du nettoyage n’est pas toujours un pis-aller.


Quelques semaines plus tard, vers 19H, j’arrose ma jardinière à l’avant de la maison et je vois ma jeune voisine remonter la rue avec sa fillette. Quand elle arrive à ma hauteur, elle se fait un plaisir de s’arrêter pour bavarder et souffler un peu.


– Il fait chaud, pff… Et elle (montrant sa fille) m’attendait derrière la porte quand je suis rentrée à 5H. Elle voulait aller à la plaine de jeux. Mais j’ai tout de même pris le temps de manger. Je n’avais pas eu le temps entre mes deux clientes.

– Comment ça va pour votre travail ?

– Maintenant, je suis engagée. C’est bien.

– Et avec la chaleur, comment ça se passe ?

– Aujourd’hui au matin, j’avais une maison. Une semaine, je fais le rez-de-chaussée et l’autre semaine l’étage. Cette fois-ci, c’était l’étage. Pas de chance ! Qu’est-ce qu’il faisait chaud ! Mais j’ai fait le boulot quand même. La dame n’en –– Et l’après-midi, c’était plus frais ?

– C’était un appartement. Au moins, il y avait moyen de faire un courant d’air. Demain matin, je ne travaille pas. C’est bien, je serai en forme pour l’après-midi. Maintenant, je vais me reposer.

– Allez, bonne soirée.


Le stage de ma jeune voisine a été concluant et sa motivation résiste aux déplacements laborieux et à la fatigue générée par un métier physiquement lourd. Elle rayonne toujours de fierté quand elle parle de son travail et de ce qu’elle réussit à faire. Il est donc possible d’aimer nettoyer au point d’aimer aller faire le ménage chez les autres en se coltinant les transports en commun. Pourquoi ? Sans doute parce que ma voisine accorde à ce qu’elle fait sa juste valeur : celle d’un métier utile, où l’on rend un véritable service aux client-e-s. A méditer par tout-e qui ne voit dans le nettoyage que tâches négligeables ou même avilissantes, comme si faire disparaître la saleté était moins respectable que salir. Et à prendre en considération par les autorités qui encadrent la profession, pour que l’enthousiasme de ma jeune voisine ne soit pas détruit par les conditions de travail dans son secteur.

Marie-Rose Clinet