En décembre 2007 paraissait dans la série "Focus : Gender" de l’Université de Gand "Gezocht : vroedvrouw (M/V). Beschrijving van een gendermainstreamingsproces in een institutionele setting – Gender in het Competentie en Beroepen Repertorium voor de Arbeidsmarkt (CO.BR.A)"1. Cette publication décrit le déroulement d’un projet FSE du VDAB (Service public flamand de l’Emploi et de la Formation), portant sur les dimensions de genre dans le Répertoire des compétences et des professions pour le marché de l’emploi (CO.BR.A). Le service Gender Consulting & Training de Flora a encadré ce projet, qui s’est traduit par le développement et la mise en œuvre d’un outil pratique pour ouvrir à la dimension de genre les fiches et les petits films du VDAB sur les professions. Cet article présente sommairement les objectifs, l’approche et les résultats du projet, ainsi que la publication qui s’en est suivie.
Ségrégation sexuelle sur le marché de l’emploi
Les offres d’emploi doivent indiquer que l’emploi peut être exercé tant par les hommes que par les femmes (H/F). Toutefois, la ségrégation hommes-femmes ou ségrégation de genre reste tenace sur le marché de l’emploi. Elle se reflète dans ce que l’on appelle les "biais de genre" ou disparités entre les genres dans les noms et les descriptions de professions, les classifications et les exigences de fonctions, etc. Le "Répertoire des compétences et des professions pour le marché de l’emploi" (CO.BR.A) du VDAB n’échappe pas à ces biais genrés. Or, le CO.BR.A. est un outil de base, que les demandeurs d’emploi, les employeurs, les travailleurs et toute personne intéressée peuvent consulter via le site Web du VDAB.
Biais de genre dans les fiches sur les professions
Lorsque le Service Égalité des chances et Diversité du VDAB a reçu de la part de personnes actives sur le terrain des avertissements répétés sur des biais de genre flagrants dans le CO.BR.A., il lui a semblé que le moment était venu de rendre celui-ci neutre en termes de genre via un "genderscreening". Le principal objectif était de faire clairement comprendre au public et aux utilisateurs du CO.BR.A. que toutes les professions sont ouvertes tant aux femmes qu’aux hommes. Au cours du projet, il est très rapidement apparu que la langue et son utilisation jouent également un rôle crucial dans les biais de genre : des descriptions neutres en apparence indiquent de manière subtile si une profession convient davantage aux hommes ou aux femmes, bien que d’un point de vue grammatical, il n’y ait aucune raison à cela. Pour améliorer l’accessibilité du CO.BR.A., l’utilisation générale de la langue devait donc également être examinée minutieusement, ainsi que différents aspects de la diversité.
Le projet GECO
Sur base de ces réflexions, le VDAB a lancé l’idée de mettre en place un projet destiné à analyser le CO.BR.A. sous l’angle du genre, et à travers ce processus, d’élaborer un manuel pratique plus général sur le genre. Des partenaires essentiels ont été approchés : le SERV, Amazone, le Centrum voor Genderstudies de l’Université de Gand et Ascento. Un groupe de travail a rassemblé tous les partenaires, coachés par une accompagnatrice externe du processus (K. Demuynck, Gender Consulting & Training). Les activités comprenaient d’abord le développement d’une vision commune du genre, applicable au contexte concret du CO.BR.A. ainsi qu’au marché de l’emploi actuel et à ses acteurs. Ensuite, l’étude concrète du CO.BR.A. a permis de développer un outil d’analyse qui a été appliqué avec succès aux fiches et aux petits films sur les professions de la base de données CO.BR.A.
Objectif du projet
Le projet "Gender in CO.BR.A." ou GECO ("Le genre dans le CO.BR.A.") avait pour objectif d’ouvrir davantage les choix professionnels de tous les utilisateurs de la banque de données CO.BR.A., en accordant une attention particulière aux utilisatrices. Pour réaliser cet objectif, le projet souhaitait que les hommes et les femmes puissent davantage se reconnaître dans une profession déterminée et s’y identifier. Pour améliorer cette possibilité d’identification, les supports du CO.BR.A. suivants ont été examinés sous l’angle du genre : le nom de la profession, la description de la profession et la structure de la fiche du CO.BR.A, mais aussi l’idée qui se dégage du film sur la profession. Le projet mettait l’accent sur les différences entre hommes et femmes, mais il tenait aussi volontairement compte de la diversité sociale et culturelle. Ceci s’exprime dans le choix du matériel visuel dans les films et sur les fiches, ainsi que dans le choix d’un langage clair : un langage efficace, simple et univoque.
Choix difficiles
Le projet GECO a choisi après mûre réflexion de ne pas féminiser systématiquement les noms de professions2. Il y avait différentes raisons à cela. La féminisation systématique n’est pas simple, certaines formes n’existent pas au féminin ou bien signifient autre chose que l’équivalent masculin. L’utilisation de la forme double (p.ex. ouvrier/ouvrière) dans des textes diminue la lisibilité. Toutefois, le principal argument contre la féminisation systématique était le fait que le terme féminin est toujours un dérivé d’une forme masculine, ce qui perpétue l’impression que la participation des hommes au travail est la norme et que celle des femmes est une exception. À terme, qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme ne devrait plus avoir aucune importance, c’est en tout cas ce qu’espère le groupe de travail. Au contraire, plus l’utilisation de noms de profession non marqués sera courante tant pour les hommes que pour les femmes, moins ces formes non marquées seront considérées comme ’masculines’. La préférence va donc à la forme neutre du nom de profession si elle existe (p.ex. personnel enseignant, personnel soignant). Si aucune forme neutre n’existe, on utilisera une forme non marquée (p.ex. boulanger). Les formes marquées (p.ex. sage-femme) seront encore utilisées uniquement s’il n’existe vraiment aucune alternative et toujours en association avec le symbole H/F.
Mentalités ouvertes au genre
Cependant, ce choix ne répondait pas entièrement à l’objectif du projet, à savoir rendre visible et encourager la participation des femmes et des hommes dans tous les secteurs professionnels,. C’est pourquoi des photos d’hommes et de femmes exerçant la profession ont été ajoutées aux fiches pour étayer le message selon lequel la profession en question est bel et bien ouverte aux hommes et aux femmes. En ce qui concerne les petits films sur les professions, une liste de contrôle très détaillée a été élaborée. Celle-ci doit permettre aux producteurs de réaliser des films qui donnent une image d’une profession déterminée à la fois correcte et le plus possible ouverte au genre. Depuis lors, les deux instruments sont utilisés avec succès par le VDAB.
"Focus : gender"
L’objectif initial de la publication dans la série "Focus : gender" de l’Université de Gand était de présenter l’instrument d’analyse. Réflexion faite, il est toutefois apparu que l’ensemble du processus du projet GECO pouvait également servir d’exemple à d’autres entreprises et instances. La publication présente donc les deux. La première section renferme la partie théorique et est utile pour toute personne qui s’occupe de la problématique du genre sur le marché de l’emploi. Le processus de travail tel que décrit peut être instructif pour toute personne chargée de cette matière et peut éventuellement être transféré à des cas similaires en rapport avec le genre et la diversité. En annexe, l’instrument d’analyse, c’est-à-dire le Manuel pour l’ouverture au genre du Répertoire sur les compétences et les professions pour le marché de l’emploi (CO.BR.A.), est intégralement repris tel qu’il a été développé par le groupe de travail pendant le projet. L’objectif est de mettre ce manuel à la disposition de toute personne qui travaille avec des profils de fonctions, des descriptions de professions et des profils de postes vacants.
Références
Recherche : sage-femme (H/F). Description d’un processus de gendermainstreaming dans un cadre institutionnel – Le genre dans le Competentie en Beroepen Repertorium voor de Arbeidsmarkt (CO.BR.A) Sigried LIEVENS, Hanneke PYCK, Katlijn DEMUYNCK, Ida DEQUEECKER, Mieke VAN NULAND ET Luc LIESSENS "Focus : Gender" - Rapports du Centrum voor Genderstudies UGent (Centre pour les études sur le genre de l’Université de Gand) Décembre 20071 "Recherche : sage-femme (H/F). Description d’un processus de gendermainstreaming dans un cadre institutionnel – Le genre dans le Répertoire des compétences et des professions pour le marché de l’emploi" 2 (Note de la traductrice) En Belgique francophone, le Décret de la Communauté française du 21 juin 1993 relatif à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre et l’Arrêté du Gouvernement de la Communauté française établissant les règles de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre définissent, après consultation du Conseil supérieur de la langue française, les règles de féminisation – systématique – et imposent leur usage notamment toutes les offres ou demandes d’emploi. Une petite incursion sur le site web du FOREM montre que la règle est appliquée de manière assez variable. Par exemple, à la rubrique "Métiers en demande", tous les intitulés sont masculins et féminins (sauf lorsque la forme masculine et la forme féminine sont identiques), tandis qu’à la rubrique "Tous les métiers qui manquent de bras", les intitulés sont soit masculins, soit féminins (selon qu’il s’agit d’une aide familiale ou d’un chauffeur de poids lourd) et la mention du fait que ces emplois sont accessibles aux femmes et aux hommes n’apparaît que dans la description détaillée… Chez ACTIRIS, on trouve des formes masculines et des formes féminines mais toujours avec la mention H/F.