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27 novembre 2009


Quelle place pour les femmes, aujourd’hui ?


Arrêt sur images à partir d’une rencontre avec Smaïn Laacher, organisée par la Voix des Femmes

Voici quelques mois, Smaïn Laacher [1] a présenté à Bruxelles une étude sur les violences intrafamiliales à partir de témoignages de victimes. Cette étude se base sur des écrits envoyés par des femmes, au cours des 30 dernières années, à deux associations féminines et à une radio, pour une émission d’aide conjugale [2]. De l’importance de se faire entendre sur la place publique, pour ne plus se voiler la face… [3]

Un dialogue pour mieux se comprendre

Au Sleep Well de Bruxelles, c’est l’effervescence. La salle est remplie, composée majoritairement de femmes, femmes d’origine immigrée, femmes issues du monde associatif. Après une introduction de la Ministre Fadila Laanan, Smaïn Laacher prend la parole, parole qu’il a le souci de rendre accessible à tous et toutes.

Changer l’ordre du monde

Avant tout, Smaïn Laacher remet les choses en perspective. Dans un contexte où l’homme a(vait) tout à dire, quand la femme ose se plaindre et rendre public ce qui était privé, caché, secret, elle se permet de changer l’ordre du monde et de remettre en question l’ordre établi. C’est ce qui s’est passé avec le mouvement féministe, il y a quatre décennies. C’est ce qui se passe encore aujourd’hui, notamment dans les populations d’origine immigrée qui n’avaient pas participé à ce mouvement de remise en question, et pour cause : à cette époque, la plupart des femmes n’avaient pas encore rejoint leur mari…

« Au nom de toutes les femmes »

Si, en pratique, les femmes demandent de l’aide pour elles, au niveau juridique, psychologique, voire économique, elles agissent également dans une recherche d’une justice sociale. Sortir de l’espace domestique et en exposer les souffrances à un tiers, association ou animatrice radio, c’est en effet transformer ces souffrances en cause collective, c’est inviter chez soi le droit, le droit à la dignité, à l’égalité et au respect, entre les sexes et entre les âges. C’est rendre la démocratie vivante au sein de son couple et de sa famille. C’est risquer de s’exposer, en solidarité avec les femmes qui vivent les mêmes souffrances.

Lever le voile, au-delà des stéréotypes

Aujourd’hui, les plaintes pour violences conjugales portent, comme il y a près de 40 ans, sur les exactions des (ex-)conjoints. Les courriers viennent en grande partie de femmes immigrées issues des pays du Maghreb. Quant aux mariages forcés, ils sont initiés par le père et la mère. Le(s) persécuteur(s) est (sont) donc très proche(s) de la victime. Beaucoup croient aujourd’hui combattre les violences intrafamiliales en combattant le port du voile et, à travers lui, les pressions d’une communauté sur ses femmes. Il est aujourd’hui indispensable d’éviter les amalgames et de nommer clairement ce qui pose question, derrière cette problématique : soumission à l’ordre dominant ? Introduction de l’islam dans nos sociétés occidentales et laïques ? Quoi qu’il en soit, celles qu’on ne voyait plus et qui marquent aujourd’hui par le voile leur appartenance à une communauté et à une religion sont surmédiatisées. Sans pour autant être entendues : de la difficulté d’une parlementaire bruxelloise d’origine turque à être acceptée au Parlement avec son voile ! Ces images sans paroles contribuent à stigmatiser les populations et à leur faire violence, sans faire avancer le débat démocratique.

Du public au politique

Pour revenir à la question des violences faites aux femmes, Smaïn Laacher marque la différence entre débat public et politique. Comment introduire en politique la question des violences intrafamiliales si ce n’est par les femmes elles-mêmes ? Oui, les femmes prennent peu à peu une place dans le paysage politique, et il est important d’interpeller nos élues sur les thèmes qui touchent l’ensemble des femmes, et de les soutenir dans ce combat. C’est ainsi qu’en novembre, à Bruxelles, une trentaine d’associations de femmes ont rencontré une demi-douzaine de parlementaires bruxelloises, dans le cadre de la Quinzaine des Femmes [4], pour relayer aux politiques les préoccupations actuelles, dans une perspective de collaboration entre le monde associatif et le monde politique, au sein duquel les femmes restent minoritaires. Faire alliance pour renverser l’ordre et les perceptions dominantes, encore une parole de Smaïn Laacher.

Côté média, une note d’espoir

Allons bon, les médias ne nourrissent pas uniquement une vision stéréotypée de la société ! La rencontre avec les parlementaires bruxelloises a en effet été filmée par une télévision arabe, dans le cadre d’une émission sur trois femmes parlementaires belges d’origine immigrée, histoire de joindre la parole à l’image et de diffuser ce qu’elles ont à dire ! [5] Voici le défi à relever pour les médias : au-delà du politique, aider les femmes qu’on n’entend pas à prendre possession de l’espace public. Que ces femmes portent ou non le voile, soient ou non d’origine immigrée. Pour la construction d’un vivre-ensemble où chacun-e peut trouver sa place.

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[1] Smaïn Laacher est un sociologue français. Il a édité en 2008 Femmes invisibles. Leurs mots contre la violence chez Calmann-Lévy.

[2] Emission de Menie Grégoire sur RTL, dans les années ’70 et ’80 ; courrier adressé à deux associations françaises dans les années ’90 et 2000 : Ni Putes Ni Soumises et Voix de Femmes.

[3] La Voix des Femmes est une association bruxelloise d’éducation permanente qui accueille des femmes de cultures et de générations différentes et leur offre des services d’information et de formation, ainsi qu’un espace de rencontres, dans un esprit de cohésion sociale, d’émancipation et de promotion de l’égalité hommes-femmes. Pour en savoir plus : www.lavoixdesfemmes.org

[4] La Quinzaine des Femmes est organisée conjointement par la Ville de Bruxelles et par Ixelles et a pour but de susciter des avancées en termes d’égalité hommes-femmes. Pour en savoir plus : www.bruxelles.be/artdet.cfm/5671. Etaient présentes à la rencontre Dominique Braeckman, Marie Nagy, Fatiha Saïdi, Fatoumata Sidibe et Viviane Teitelbaum.

[5] L’émission télévisée passera en janvier sur Al Arabiya et présentera Fatiha Saïdi, Fatoumata Sidibe et Mahinur Ozdemir.

Isabelle De Vriendt