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28 mars 2009


Le projet Du « Je » au « Nous » en questions


Gestation d’un outil méthodologique sur la participation citoyenne

En janvier, nous présentions le projet Du « Je » au « Nous » dans les Coulisses/n de Flora. De l’eau a coulé sous les ponts : avec des associations du réseau Flora et d’autres (1), nous avons mis cette ébauche sur le travail et modelé une nouvelle conception du projet-pilote qui offre un ancrage participatif central à l’élaboration de cet outil de sensibilisation. Ce dernier sera co-construit, tant avec les travailleuses-eurs sociales-ciaux en insertion socioprofessionnelle qu’avec leur public-cible.

Comment aborder le projet dans sa phase pilote ?

Le parcours d’animations tel qu’on l’imagine aujourd’hui s’inspire de la méthodologie participative élaborée par Majo Hansotte, qui amène les citoyen-ne-s à dire le juste et l’injuste (2). A partir de récits d’injustice écrits par chaque participant-e, le groupe choisit une injustice, la démonte pour ensuite construire une parole de justice, innovatrice, qui sera portée par le groupe vers la société civile, dans l’espace public. Avec l’objectif de semer des germes de changement. Les apports d’une telle expérience sont multiples : le groupe porteur sort renforcé de l’expérience ; les participant-e-s se voient plus confiant-e-s et davantage (ré)acteur-trice-s dans leur propre vie, à la recherche d’alliances, que ce soit via ce groupe ou d’autres groupes auxquels elles-ils appartiennent. L’outil méthodologique qui serait créé suivrait donc ce schéma, où le message, noyau et finalité de la dynamique participative, est élaboré par le groupe.

Dans la phase-pilote, qui court jusqu’en septembre 2009, nous questionnerons auprès des formatrices-teurs et des stagiaires et travailleuses les hypothèses qui sous-tendent ce parcours du « Je » au « Nous » vers la « Société civile » : les femmes en insertion socioprofessionnelle sont-elles (in)visibles dans la société ? Quels espaces occupent-elles ? Le groupe de l’ISP ou de l’EFT peut-il devenir un groupe d’intérêt ? Quels sont les motivations, les conditions et les freins à une participation citoyenne, ses limites, ses balises ?

De quelle participation parle-t-on ?

Les intervenants du premier Comité d’accompagnement du projet ont rappelé combien le terme de « participation » couvre des réalités et des enjeux divers : socialisation, occupation d’espaces, mobilisation des citoyens ou encore politique au sens large du terme. La dynamique Du « Je » au « Nous » concerne davantage la mobilisation des femmes que leur socialisation, même si celle-ci est nécessaire pour celle-là. Ce projet vise donc à aider les formatrices-teurs à permettre aux stagiaires et aux travailleuses d’être actrices, de se mobiliser autour d’une problématique qui les concerne toutes, de près ou de loin, et que le groupe est prêt à porter. Un des défis sera de sensibiliser les femmes à l’intérêt de mener des projets participatifs sans pour autant leur faire miroiter le changement rêvé comme acquis d’emblée.

Notre travail avec les formatrices-teurs en insertion socioprofessionnelle est essentiel : quelle est leur pratique pour développer chez les stagiaires et les travailleuses l’estime de soi, pour renforcer la dynamique d’un groupe, jusqu’où va la participation des femmes, dans l’association ?

Et à l’extérieur ? Tout aussi essentiel, le travail avec les groupes de stagiaires et de travailleuses : prendre part à l’élaboration d’un parcours, voilà une dynamique participative au centre du projet-pilote, et qui, en soi, peut déjà sensibiliser les groupes à la participation citoyenne. Jusqu’à présent, nous avons rencontré trois groupes de femmes à Liège (Créasol), à Saint-Nicolas (Mo-Clean) et à Namur (Forma) (3). Les participant-e-s ont la parole. Et cette parole détermine la suite du parcours.

Où les femmes en insertion socioprofessionnelle sont-elles présentes ?

C’est une des questions à laquelle la première rencontre avec les participantes permet de répondre : des représentations de divers lieux, un classement de ceux-ci entre lieux privés et lieux publics, sont déjà l’occasion pour les stagiaires et les travailleuses de formuler questionnements et surprises. A Créasol, les stagiaires s’étonnent de l’existence de lieux très divers et s’ouvrent aux lieux investis par d’autres. A Mo-Clean, des travailleuses vont interroger les lieux où l’on se sent bien, mais aussi ceux dont on a peur et où l’on se rend invisibles. A Forma, c’est la notion d’occupation de l’espace qui est questionnée dans l’animation : les lieux où je me dis présente, ce sont les lieux qui ont du sens pour moi ; les autres, je ne les occupe pas vraiment.

Quo vadis ?

Chaque groupe va donc suivre une histoire, peut-être pareille, peut-être différente, sur les questions des espaces, du bien-être dans ces lieux, de la participation citoyenne dans/ par ou pour ces espaces, du groupe de formation comme vecteur de participation,… Cette aventure va se poursuivre dans les trois associations citées, mais elle va aussi démarrer dans d’autres groupes : au Collectif des Femmes (Louvain-la-Neuve), à Buurtservice (Berchem-Anvers) et à Groep Intro Brussel (Schaerbeek) (4). Gageons que là encore, les stagiaires tracent avec nous d’autres chemins.

Du côté des travailleuses-eurs sociales-ciaux en insertion socioprofessionnelle et des associations impliquées dans des dynamiques participatives, un deuxième Comité d’accompagnement est prévu le 28 avril prochain. Il sera notamment l’occasion de faire le point sur le projet-pilote. Si vous voulez en être, contactez-nous !

isabelledevriendt@florainfo.be (FR)
anndupont@florainfo.be (NL)


Notes de bas de page
(1) IVCA (antwerpen.iwca.be), Citizenne (
www.citizenne.be), Erik Corijn (VUB), Majo Hansotte, Periferia (www.periferia.be)
(2) Comment dire le Juste et l’Injuste ? Pour une éducation populaire féministe, Majo Hansotte, Séminaire janvier-juin 2003.
(3)
www.creasol.be ; www.mo-clean.be
(4)
www.collectifdesfemmes.be, www.buurtservice.be, www.groepintro.be

Isabelle De Vriendt