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27 janvier 2009


La pauvreté à tous les âges (de la vie)


“Colloque de l’association OASeS”

Décembre a, encore cette année, engrangé son lot d’illuminations, de froidure, de sapins et de cadeaux. Et, comme chaque année, pour faire balancier avec cette euphorie parfois forcée, un colloque organisé par l’association OASeS1 a rassemblé universitaires, travailleurs sociaux et personnes vivant dans la précarité pour se pencher sur la question de l’exclusion sociale vue à travers le prisme du parcours de vie. Flora se devait d’y participer et ce sont ses deux collaboratrices les plus nouvellement engagées qui ont eu l’occasion de s’y confronter aux réalités vécues par les personnes de son groupe cible, en particulier les femmes.

Les réalités liées à la précarité sont en porte-à-faux avec les chiffres, qui évaluent le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté à un moment donné. Or, sur une période de 5 ans, un pourcentage bien plus important de personnes est sur la corde raide, et ce chiffre risque encore de grimper avec la crise économique et financière. Pour mieux lutter contre la précarité, il est donc nécessaire de se pencher sur les éléments et les événements qui, dans une vie, entraînent une fragilité socio-économique et psychologique.

L’enfance, où tout démarre

Si, bien sûr, il ne faut pas être né-e pauvre pour vivre dans la précarité à l’âge adulte, les risques de précarité sont accrus quand on naît dans une famille pauvre. Caro Bridts, à 42 ans, est sortie depuis à peine 6 ans de la précarité. Elle livre le témoignage poignant d’une enfant qui, submergée par les nécessités de survivre, d’organiser la subsistance au sein de sa famille, de prendre des décisions quand les autres enfants grandissaient dans l’insouciance, ne parvenait pas à se concentrer en classe ni à suivre une scolarité régulière. Consciente de sa différence, elle en était honteuse et préférait fuir les murs de l’école.

Tant Peter Adriaenssens, pédopsychiatre et professeur à la KUL, que Jos Corvelyn, docteur en psychologie, mettent l’accent sur le stress, comme frein important au développement de l’enfant – et à l’équilibre de l’adulte. Sous stress, les réactions aux agressions sont impulsives, les décisions, prises dans l’urgence. Des études ont également montré les répercussions du stress sur le cerveau, avec des connexions nerveuses beaucoup moins complexes chez les enfants et les adultes vivant dans un stress continu. L’instabilité occasionne un stress qui lui-même génère une instabilité accrue. Comment, dès lors, sortir de cette spirale ?

Le rôle des parents… et du lien affectif…

Parmi les familles précarisées, nombreux sont les parents qui misent leur espoir de sortir de la précarité sur leur(s) enfant(s). Donner à leur progéniture toutes les chances de réussite là où ils ont échoué, voilà le défi que la plupart veulent relever. Quand on connaît le cercle vicieux du stress sur le développement personnel, on pourrait se demander « à quoi bon ? ». Et pourtant, les parents ont un rôle essentiel dans le développement de l’enfant de 0 à 6 ans : celui de construire avec lui des liens affectifs, qui seront une stimulation essentielle pour lui. Tous les parents ne sont pas conscients de l’importance de ces liens. Selon Peter Adriaenssens, tous les parents devraient y être sensibilisés, de manière pro-active. Lutter contre la pauvreté, c’est non seulement agir pour un mieux-être financier et garantir une stabilité financière aux individus, mais c’est aussi consolider les facteurs contextuels du développement personnel, tels que l’éducation ou la relation parents-enfants.

Dans le parcours de vie de Caro Bridts, par exemple, c’est bien l’affectif qui l’a aidée à sortir de la précarité. Ce lien affectif, qu’elle a trouvé en fin de parcours scolaire chez une enseignante, et ensuite auprès d’éducateurs du monde associatif, l’a aidée à reprendre progressivement confiance en elle et à se re-lier aux autres. Elle estime essentiel d’envisager dans la durée l’accompagnement des personnes précarisées.

Et les femmes, dans tout ça ?

Au cœur de la précarité se pose la question de la femme, et plus particulièrement de la femme en tant que mère. Plus encore que les hommes, les femmes sont amenées à se battre. Se battre pour prendre ou garder leur place sur le marché de l’emploi, se battre pour assurer la subsistance de la famille - quand elles sont seules à s’occuper des enfants -, se battre pour une pension décente. Travail flexible, perte d’emploi, insuffisance de places d’accueil pour la petite enfance, divorce, veuvage sont des réalités auxquelles les femmes, davantage que les hommes, sont confrontées. Or, ce sont, selon l’équipe de OASeS, autant de facteurs de risque d’exclusion sociale.

Dans le canevas classique de la structure familiale, les femmes sont aussi celles qui, traditionnellement, sont responsables des liens affectifs avec les enfants. Même si cette structure traditionnelle est en mutation, elle correspond encore à une majorité de familles, sans compter que la plupart des familles monoparentales sont gérées par des femmes. Celles-ci devraient donc être au centre des préoccupations et des mesures des politiques chargés de la lutte contre la pauvreté.

Les défis pour demain

Les défis à relever pour une lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté sont nombreux et concernent des compétences transversales : logement, éducation, accueil de la petite enfance, enseignement… Parmi ces défis2, il y a l’encouragement de dynamiques sociales par la création de réseaux – pas uniquement suscités par des professionnels – au niveau local, avec un accent mis sur la qualité des rapports relationnels. Il s’agit aussi de développer et de renforcer l’encadrement des enfants de 0 à 6 ans et d’apporter un soutien aux parents.

Plus globalement, il faut apporter des réponses claires et durables à des problèmes récurrents mais qui, avec la crise économique et financière, iront en s’accentuant : manque de logements sociaux, hausse du coût de l’énergie, instabilité sur le marché de l’emploi, discrimination des enfants socialement exclus et dévalorisation des filières technique et professionnelle dans l’enseignement, précarisation des personnes en fin de vie…

Beaucoup de pistes d’action, donc, et des mesures à prendre par un gouvernement "frigorifié" en ce début d’année, mais qui devrait initier d’urgence des politiques à long terme de lutte contre la pauvreté…


1. Centrum Ongelijkheid, Armoede, Sociale Uitsluiting en de Stad (Centre Inégalité, Pauvreté, Exclusion sociale et Ville)
2. L’ensemble des constats et des défis est à lire dans le rapport annuel sur la pauvreté et l’exclusion sociale publié par OASes : Armoede en sociale uitsluiting. Jaarboek 2008, Jan VRANKEN, Geert CAMPAERT, Katrien DE BOYSER, Caroline DEWILDE et Danielle DIERCKX (red.), 2008, ACCO Leuven/Voorburg.

Isabelle De Vriendt