La législation a changé, notamment sur les aspects de mixité, les institutions ont évolué, les publics des associations sont différents, la société et ses valeurs ont aussi évolué tout comme l’organisation locale. Et suite à ces récents changements, la Maison de quartier a décidé de se lancer dans une réflexion sur ses valeurs en équipe générale, dans une optique de qualité. Cette réflexion débutée pendant l’année académique 2009-2010 trouve écho au sein de la Maison de quartier, à la fois pour permettre aux anciens membres de l’équipe de mieux comprendre les nouveaux enjeux, mais aussi pour permettre aux nouveaux de mieux s’approprier l’histoire et la philosophie de l’organisation. Et même s’il est trop tôt pour diffuser les résultats de ce travail, on peut déjà dire que la Maison de quartier d’Helmet reste un pilier pour la durabilité sociale.Faisons connaissance !
Astrid Stevens (au centre sur la photo) est licenciée en anthropologie et certifiée d’une formation français langue étrangère à l’Alliance française. Elle a enseigné à l’étranger et a débuté à la Maison de quartier comme formatrice. Elle est désormais responsable du secteur Insertion SocioProfessionnelle (ISP). Elle nous reçoit dans les locaux de la Maison de quartier !
M.H. Pourriez-vous nous parler des secteurs d’activités de l’institution ?
A.S. « La Maison de quartier a plusieurs secteurs d’activités : le secteur Education Permanente et cohésion sociale, le secteur ISP et le secteur Jeunes (3-14 ans). Le premier se destine aux adultes, principalement des femmes mais de plus en plus d’hommes également avec des cours d’alphabétisation, français langue étrangère, des ateliers créatifs, … Le but est ici d’apprendre des choses ou tout simplement d’avoir une activité. Le secteur ISP comprend quant à lui une série de formations pour adultes, hommes et femmes, demandeurs d’emploi dont la finalité est de trouver un travail mais qui, pour cela, ont besoin de suivre des cours plus spécifiques ou de la formation de base. La différence entre ces deux secteurs est donc l’objectif du public. Enfin, le troisième secteur est le Secteur Jeune : il s’agit d’une école des devoirs, de stages de vacances, d’ateliers pour enfants dès 3 ans et de classe de primo-arrivants pour des enfants (…) On forme près de 150 personnes par an pour l’ISP, 200 en Education Permanente et pas moins de 70 jeunes. Les formations ISP sont des modules de 3 mois à 1 an, et pour l’Education Permanente, c’est toute l’année. »
M.H. Pourquoi avoir choisi comme implantation le quartier d’Helmet ?
A.S. « C’est historique. Au départ la Maison est un projet de deux assistants sociaux qui ont mis en place un magasin de vêtements de seconde main. Comme beaucoup de femmes venaient et demandaient l’un ou l’autre renseignement administratif, pour remplir un formulaire ou comprendre un courrier, des cours d’aide administrative, lecture/écriture se sont mis en place. Puis ça a grandi, grandi, grandi… Et la Maison de quartier s’est installée ici dans ces locaux. Elle est devenue un véritable centre de formation. »
M.H. Historiquement, la Maison de quartier se destinait aux femmes. Qu’en est-il aujourd’hui ?
A.S.« En Education Permanente, il y a 90% de femmes, au moins. Dans certains ateliers, il y a des hommes qui s’inscrivent, mais tout n’est pas encore ouvert aux hommes. Ça reste encore un espace où les femmes peuvent vivre une expérience entre elles. Certains cours et ateliers sont réservés aux femmes. En ISP, on a l’obligation de ne pas faire de discrimination entre hommes et femmes et donc c’est ouvert aux deux. Mais comme historiquement on s’adressait aux femmes, peu d’hommes s’adressent à nous spontanément. Il y en a de plus en plus mais la proportion reste faible : deux ou trois hommes sur une classe de quatorze, pour l’instant… mais on espère que ça va changer. Dès qu’on aborde des questions de genre, des sujets de société, un homme dans une classe de femmes ou une femme dans une classe d’hommes se sent très seul-e pour défendre ses idées. Et les autres se sentent en force et ce n’est pas facile à gérer. C’est pour ça que la mixité, dans certains cas, peut être mieux. Quand c’est plus équilibré, ça permet un débat où tout le monde apprend quelque chose. »
M.H. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les valeurs que soutient et développe la Maison de quartier ?
A.S. « On est en plein travail sur les valeurs en équipe générale. On a mis en place le projet d’écrire une charte pour définir les valeurs. L’accueil est une valeur qui revient souvent. Comment accueillir les gens qui se présentent, en veillant à garder en tête la volonté de solution ? L’orientation, un travail pédagogique de qualité, le respect des différences (culturelles, sociales, économiques, philosophiques, religieuses, etc.), l’entraide et tellement d’autres valeurs sont prises en compte et réfléchies. Ces valeurs se perpétuent au niveau pédagogique, organisationnel, avec les groupes et au sein des groupes. Mais je ne vais pas révéler tout le contenu de ce travail car il n’est pas abouti. »
M.H. Portez-vous une attention particulière au genre ?
A.S. « Pour l’ISP, on a un cours dans chaque module qui s’appelle ‘conseils de participation’ qui sert entre autres à travailler la cohésion de groupe, à faire des débats, à voir où en sont les stagiaires dans leur projet socioprofessionnel. C’est un moment pour apprendre à exprimer ses opinions sans écraser les autres. Il arrive souvent d’avoir des débats de genre, sur la différence hommes/femmes ou autre. Si la mixité permet d’avoir deux versions, on a parfois ressenti la nécessité d’organiser des débats non mixtes pour que puissent se délier les langues, pour oser s’exprimer. Ça nous permet d’aborder des activités qui se baseront sur le genre. Il n’est pas rare de voir des formateurs confrontés régulièrement au genre. On l’utilise parfois comme méthode pédagogique aussi. Par exemple, pour apprendre du vocabulaire sur les qualités et les défauts, on utilise le genre pour mieux comprendre les mots. Et le genre permet de pointer les stéréotypes, de les comprendre et d’en parler. (…)
Le genre est aussi abordé dans le cours de ‘vocabulaire socioculturel’ où on va parler des professions, des métiers et des projets professionnels. On débat sur les représentations de certains métiers dans la société. On pose la question : est-ce que vous pourriez faire un métier étiqueté comme étant pour les hommes ou le contraire ? Les représentations sont différentes aussi selon les pays d’origine. Le partage des tâches ménagères revient souvent également, les confrontations des cultures aussi.
La diversité dans les groupes et dans l’organisation amène des différences de perception. On essaie de proposer aux stagiaires une certaine ouverture par rapport à ça, pour avoir ne fut-ce qu’une autre perception des choses, pour se poser des questions. Et on se dit ‘Ce que je fais n’est pas ce que fait ma voisine. Mais moi, est-ce que je suis bien là-dedans ou est-ce que je veux changer quelque chose ?’. On ne peut pas non plus imposer une vision des choses. D’autant plus qu’il en existe plein. Et même si on a parfois une même confession religieuse, une même origine ou un même sexe, il y a encore des différences. L’objectif est de réaliser qu’il n’existe pas qu’un modèle. Voilà comment nous abordons le genre. »
M.H. Quelle est la spécificité du travail à la Maison de quartier ?
A.S.« La qualité de l’accueil et des cours, sans conteste. Beaucoup de stagiaires ont envie de continuer. L’ambiance est bonne. Ils s’y sentent bien. Ils trouvent de l’écoute, un soutien. »
M.H. Quels sont les meilleurs moments avec les stagiaires ?
A.S. « En ISP, les moments les plus positifs c’est quand un de nos stagiaires trouve un boulot. C’est vraiment l’aboutissement. »
M.H. Quelles sont les raisons qui ont motivé votre participation à l’Agora du 8 octobre 2010 ? (Voyez le communiqué de presse)
A.S. « La MQH a déjà participé aux actions de Flora il y a quelques années (Louvain, la Tentation…). La directrice souhaite continuer à y être présent, d’abord parce que c’est un projet captivant proche de nos valeurs d’origine et parce que des associations très intéressantes en font partie. Le thème du forum et le fait que plusieurs associations puissent se rencontrer et échanger et faire quelque chose inter-associations, c’est bien. Je trouve aussi intéressant que les stagiaires et les formateurs et formatrices rencontre leurs pairs. »
M.H. Comment faites-vous le lien entre votre travail et le thème des biens communs, choisi pour cette rencontre-événement ?
A.S. « Dans différents cours, sensibilisations, animations ou apprentissages, nous abordons divers thèmes très liés aux biens communs. On ne parle pas précisément avec le terme des biens communs mais on les approche systématiquement dès qu’on aborde le quotidien des stagiaires. On parle de leur expérience des loisirs, des transports en commun, du tri des déchets, de la consommation d’eau, etc. Cela rentre dans notre souhait de sensibiliser plus au développement durable. »
Dans le secteur ISP de la Maison de quartier, l’objectif est l’insertion sociale et professionnelle, basée sur le renforcement des compétences de base. La formation des femmes peu scolarisées est mise en avant pour prévenir l’exclusion sociale et les inégalités. La démarche pédagogique inclut la participation citoyenne, qui comprend, entre autres, une connaissance de soi et de la réalité sociale et professionnelle.
Pour plus d’infos : mqh.adultes[a]swing.be | Site internet
