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5 mai 2009


Garçon ou fille... Un destin pour la vie ?


Le 16 mai 1910, lundi de Pentecôte. “8ème Goûter Matrimonial offert par les Demoiselles d’Ecaussinnes-Lalaing à M.M les Célibataires de l’Univers.” L’invitation qui annonce ce goûter est visible dans le cadre de l’exposition “Garçon ou fille… Un destin pour la vie ?”, organisée par le Centre d’Archives pour l’Histoire des Femmes (Carhif/Bruxelles) et le musée BELvue.



Famille, école et travail

L’exposition, qui fait découvrir l’évolution des représentations de la masculinité et de la féminité aux 19e et 20e siècle en Belgique, se concentre sur trois thèmes : la famille, l’école et le travail. Tout au long du parcours, on découvre textes officiels, photos d’époque, caricatures, littérature enfantine et autres qui soulignent les stéréotypes liés au genre et suscitent une réaction sur les images actuelles des rôles masculins et féminins.


Analogies anatomiques et répartition des rôles

"Au XIXe siècle cohabitaient deux sphères, explique l’historienne Eliane Gubin, une sphère privée, domestique, réservée aux femmes, et la sphère publique, du travail, pour les hommes. Pour justifier cet ordre social, on cherchait des caractéristiques innées" [1]. En 1829, un anatomiste écossais, John Barclay, associe le squelette de la femme à celui de l’autruche (animal sauvage et réputé peu intelligent), et celui de l’homme à celui du cheval (qui représente la force physique). John Barclay justifie sur la base de ces analogies, les rôles de la femme et de l’homme : la femme est une épouse, une mère et une femme ménagère, tandis que l’homme est un chef de famille, un travailleur, un citoyen et un soldat. L’exposition rappelle notamment que, jusqu’en 1948, l’homme est le seul à élire les membres du Parlement. Il participe à l’économie du pays par son travail productif, défend l’ordre public et le pays en cas de guerre.

A cette époque, tout changement dans la répartition des rôles sexués est ressenti comme dangereux pour l’équilibre social. L’émancipation de la femme et la crainte d’un monde inversé hantent les esprits. Pour preuve, quelques caricatures : père alcooliques et violents, femmes brutales et dominatrices.


A chacun son éducation !

Au sein de la famille, la répartition des rôles se fait dès le plus jeune âge : la femme et l’homme ne reçoivent pas la même éducation. La femme doit être calme, obéissante, coquette et aide à l’entretien des tâches domestiques. Elle peut pleurer. L’homme peut se montrer vivace, turbulent, agressif et courageux. Les livres pour enfants sont inspirés des modèles féminins et masculins. Les filles peuvent emprunter les jeux des garçons, mais pas l’inverse.


Adapter les programmes scolaires

A l’école, garçons et filles sont préparés aux rôles futurs et y apprennent les valeurs dominantes de l’époque. Les programmes scolaires varient selon le sexe de l’écolier : arts ménagers pour les filles, travaux manuels et apprentissage technique pour les garçons. De plus, une série d’outils pédagogiques renvoient à l’image d’une société modèle où chaque sexe a sa place et son rôle. Puisque les filles sont destinées à l’espace privé, l’enseignement est négligé. Le paysage scolaire est donc déséquilibré. Les garçons et les filles n’ont jamais les mêmes chances.


Travailler ? Une affaire d’hommes…

"Nous comprenons très bien ce qu’il y a de déprimant pour un homme de ne pouvoir travailler (…). La question se pose également pour les jeunes filles, dira-t-on ; mais il est certain qu’elle ne se pose pas avec la même importance. Car en dehors du travail professionnel, les jeunes filles et les femmes trouvent plus facilement que les hommes à s’occuper et à se distraire par quelque travail dans le ménage " [2].

Dans le monde du travail, selon le modèle de “l’homme gagne-pain”, le travail rémunéré appartient au domaine masculin. Les valeurs d’un métier augmente s’il nécessite les qualités dites “typiquement masculines” : intelligence, créativité, courage, force physique, leadership, autorité et dynamisme. L’homme doit travailler et s’identifie par le travail. A l’inverse, le chômeur perd son identité, désormais perçu comme un homme qui a échoué.


La naissance du féminisme

Le passage du 19e au 20e siècle est un tournant : les rôles sexués sont de plus en plus critiques. Le féminisme se développe dans les pays occidentaux et réclame les droits identiques pour les hommes et les femmes. Après la seconde guerre mondiale, les rôles masculins et féminins évoluent. Les mutations sociales rejaillissent sur le couple et la famille. La société veut plus d’égalité. Le père et les “nouveaux pères” prennent de l’importance, la publicité révèle ces changements de société.


Commentaires

Dans cette exposition très bien documentée, on regrette le manque de dynamisme de la scénographie, qui propose peu de variation de moyens de communications (beaucoup de lectures) et ne prévoit pas d’interaction avec les visiteurs. Ceci dit, on prend plaisir à découvrir photos, textes officiels, publicités, jeux pour enfants, littérature enfantine, etc. Cette variété de supports illustre parfaitement le contenu de cette exposition intéressante, qui permet de prendre conscience, une fois de plus, de l’évolution de la représentation de l’homme et de la femme aux 19e et 20e siècle en Belgique, mais aussi des inégalités qui persistent encore aujourd’hui entre les deux sexes.

Elise Cartuyvels

Elise Cartuyvels