Une audition publique sur « le genre et le changement climatique » s’est tenue le 11 octobre dernier au Parlement européen. Etant donné que les mécanismes qui conduisent à la pauvreté sont également à l’origine du changement climatique, Flora s’y est rendu les oreilles grandes ouvertes, toujours à la recherche de nouveaux partenaires. La lutte contre le changement climatique peut trouver des solutions en concevant la situation dans sa globalité. En analysant les phénomènes de genre sous-jacents, les experts et la société comprendront mieux les conséquences du changement climatique et seront plus aptes à les gérer. Explications…
Les femmes se noient plus souvent
Le 11 octobre dernier, le Parlement européen reçoit des experts parmi lesquels une chercheuse de l’ « European Institute for Gender Equality » (EIGE) et des experts en genre et environnement issus de diverses entreprises et organisations. Selon eux, les hommes sont plus à blâmer pour les changements climatiques que les femmes. Il semblerait qu’ils contribuent davantage aux émissions de gaz à effets de serre. Leurs autos seraient un gage de leur style de vie et de leur image. Ils prendraient plus souvent l’avion et seraient moins enclins à prendre les transports publics. Mais la prise en compte des aspects de genre dans le changement climatique ne s’arrête pas là. Cette prise de conscience doit être transversale car elle est une nécessité pour lutter contre la précarité et l’exclusion, et plus fortement pour garantir les droits humains.De nombreuses études ont démontré la vulnérabilité des femmes en cas de changement climatique. Les raisons de ce constat sont à chercher dans les rôles économiques, sociaux et culturels que les hommes et les femmes jouent dans la société. Ainsi, en 1991, le cyclone du Bangladesh emporta 90% de femmes, selon l’IDSR (1). En 2005, Katrina ravage et la Louisiane. Les femmes afro-américaines sont sévèrement touchées. Rien que le taux de mortalité des femmes lors de catastrophes naturelles peut être 4 fois supérieur à celui des hommes dans les pays les plus pauvres où souvent les femmes sont les plus pauvres des pauvres. Si la pauvreté touche plus les femmes, elle les rend vulnérables dans diverses situations. Les conséquences du changement climatique sont différentes pour les femmes et les hommes selon les rôles que la société a attribués au fil du temps à chacun d’eux.
Par exemple, les femmes des pays du Sud sont dépendantes d’une agriculture locale et sont donc très vulnérables lorsque la sécheresse ou les inondations détruisent leurs récoltes. Dans certains pays, les femmes n’ont pas le droit de quitter leur maison, ce qui les rend fragiles face aux intempéries. Parfois, quand les garçons apprennent à nager, les filles aident leurs mères à l’entretien de la maison et au soin des enfants, ce qui à nouveau les rend vulnérables face aux tsunamis et autres inondations. La sécheresse oblige à s’aventurer plus loin pour chercher de l’eau et du bois, tâche féminine dans certains pays. Par conséquent, elle tient les filles à distance de l’école. Les changements climatiques provoquent également des flux migratoires, et ce sont souvent les femmes qui se retrouvent dans une position vulnérable. Ces analyses des rôles dans la société permettent de comprendre comment les catastrophes naturelles comptabilisent un nombre de victimes à prédominance féminine. Et ainsi de suite…
L’objectif n’est pas de victimiser les femmes dans la question du changement climatique mais de considérer le genre dans tous les prises de décision et les réflexions. Dans un premier temps, analyser les conséquences du changement climatique sur les hommes et les femmes sera intéressant. Dans un second temps, il est essentiel de ramener la réflexion aux rôles que les femmes et hommes prennent dans la société et de penser les opportunités de chacun de ces rôles dans la problématique du changement climatique.
A noter également qu’il existe un décalage très fort entre le taux de femmes touchées par les catastrophes naturelles et le taux de femmes qui ont de l’influence sur les décisions politiques qui aideraient à lutter contre ces catastrophes. Le changement climatique va renforcer les catastrophes. Il est donc temps de faire travailler hommes et femmes pour protéger tous les groupes sociaux face aux catastrophes naturelles. Les femmes sont un atout incroyable. Elles peuvent faire la différence si on leur permet de jouer un plus grand rôle dans la prévention et la gestion des catastrophes.
Lors de cette rencontre du 11 octobre, certains experts l’ont souligné : les femmes ont aussi la possibilité de contribuer à des solutions. Souvent, elles trouvent mieux que les hommes les zones d’eau. Souvent, elles s’engagent activement dans leur village pour se préparer aux intempéries, elles replantent des arbres, elles connaissent les plantations locales pour produire le nécessaire alimentaire à une petite échelle…
Les femmes sont des agents de changement dans leur foyer et dans leur communauté. Elles sont souvent responsables des ressources, en charge de l’agriculture, de la nourriture, de l’eau, de l’éducation. Si on encourage la participation des femmes dans les processus de diminution des risques, la lutte contre le changement climatique sera plus durable, plus résiliente, plus efficace. Elles ont les clés en main. Sachons alors ouvrir des portes.

De l’embouchure à la source
Les échanges entre les experts en genre et parlementaires européens se sont concentrés sur les positions respectives des femmes et des hommes dans les conséquences du changement climatique.Imaginez une rivière dont la source est perturbée par un mécanisme fort : parfois la rivière ne coule plus, parfois elle déborde. À l’embouchure de la rivière, où elle vient se confondre à tous les océans du monde entier, des femmes et des hommes vivent. Si le niveau de la rivière est trop haut, les hommes migrent vers des lieux plus sûrs en voiture ou en avion, dans le but de trouver des jobs qualifiés et pour se construire une existence. Les femmes, au contraire, n’ont ni formation, ni voiture, et voient leur petite récolte gâchée par la pluie ou la sécheresse. Elles ont alors deux options : soit se noyer sur place, soit fuir vers des endroits viables pour y établir leur campement. Les experts plaident pour donner les moyens à ces femmes de s’adapter aux changements climatiques. Elles devraient avoir un accès égal aux emplois de l’« économie verte », de la « finance liée au climat » et des budgets suffisants pour le reboisement, etc.
Mais pourquoi alors ne parle-t-on de genre qu’à l’embouchure de la rivière (les conséquences du changement climatique), ne devrait-on pas plus s’intéresser à la source de la rivière (les origines de la souffrance) ? C’est en remontant le cours de la rivière et en allant à contre-courant, qu’on comprendra les mécanismes qui provoquent ces résultats.
Lors de l’audition publique, une dame d’un parti conservatif estimait que ces images des femmes étaient stéréotypées et que la politique ne devait pas s’en mêler. Les parlementaires européens présents étaient en désaccord en estimant que le genre nous permet d’analyser des situations spécifiques et de faire de meilleurs choix politiques.

Nouveaux partenariats ?
Selon la commissaire européenne Connie Hedegaard qui est apparu brièvement à l’audition, la réflexion du genre et du changement climatique doit se faire uniquement au Sud. Or, les politiques européennes influencent les politiques au Sud. Et l’étape de réflexion en Europe est essentielle. Limiter la vision du genre ou restreindre le débat climatique aux conséquences sur la vie quotidienne des femmes et des hommes n’est pas efficace. Madame Sirpa Pietikäinen, parlementaire européenne finlandaise, a aussi exprimé ses doutes. Elle a exprimé clairement que le débat manquait d’un système d’analyse et que l’ « économie verte » ne serait qu’une rustine aussi longtemps que les idées fondamentales du profit, moteur de l’activité économique, ne seront pas remises en question. Quand à son tour la salle a pu poser des questions, Flora a eu la chance de remonter la rivière pour aller observer la source avec des lunettes genre. Flora propose ici d’impliquer le système économique et industriel qui est la clé du problème dans le débat. Outre les clins d’œil de tous les experts, Flora a reçu une demande de madame Pietikäinen : aller lui présenter notre travail et expertise. Notre travail de sensibilisation semble prendre pied au parlement européen. Nous vous tiendrons informés.(1) International Strategy for Disaster Reduction