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6 juin 2011


Egalité des chances dans la future programmation FSE


Ancrer le genre dans les Fonds structurels : tout un défi !

La Stratégie européenne 2020 ne mentionne pas l’égalité des chances pour les hommes et les femmes comme un objectif à part. Le genre serait déjà suffisamment intégré de manière transversale dans la politique européenne. Ou peut-être pas ?

Co-construire le gender mainstreaming dans le FSE

Le 26 mai dernier s’est tenu à Bruxelles une conférence à partir d’une ‘Community of Practice’ (COP) internationale sur l’introduction du gender mainstreaming dans le Fonds social européen. Cette communauté de pratiques se compose principalement de responsables « genre » au sein des agences nationales du FSE. Des ONG étaient également invitées (1). En 2010, Flora est devenu membre de cette COP. Celle-ci nous semblait en effet être un beau cadre de co-construction, la mission étant de soutenir les administrations FSE nationales et régionales dans l’intégration de la dimension genre tant dans la planification que dans la sélection et le suivi des projets. Cette communauté est composée de cinq groupes de travail : Training and Capacity Building, Evaluation, Awareness raising/advocacy skills, Policy Impact and Sustainability (dont Flora fait partie). A partir de leur point de vue spécifique, chaque groupe de travail fait état de la place du gender mainstreaming dans chaque phase du cycle de la programmation du FSE. Le site internet de cette communauté reprendra diverses actions et bonnes pratiques, des contacts intéressants et des recommandations sur les objectifs et indicateurs. L’objectif est de produire et de diffuser parmi les agences-FSE une norme européenne, une ligne directrice d’implémentation du genre.

Un processus hiérarchique autour du genre

Au nom de la Commission européenne, Jeroen Jutte de la DG emploi, affaires sociales et égalité des chances, a expliqué pourquoi le genre n’est pas identifié comme un objectif à part dans la Stratégie européenne 2020. Selon lui, c’est évident pour tout le monde que les objectifs de l’UE 2020 ne pourront être atteints que si les hommes et les femmes participent de manière égale au marché du travail. L’égalité de genre serait donc par définition un élément transversal de la politique de l’Europe, et n’aurait donc plus besoin d’être mentionné comme un objectif à part.

L’application de cette transversalité du genre dans les pratiques quotidiennes du FSE est pourtant encore loin d’être réelle, explique de manière convaincante Elisabeth Schroedter, membre du Parlement européen. Une étude de référence présentée à la conférence le démontre également très clairement au travers des chiffres (2). Par ailleurs, le fait que la Commission européenne mette sur pied une COP sur l’intégration du gender mainstreaming dans le FSE indique bien qu’elle n’est pas encore tout à fait à l’aise avec cette thématique. La COP aurait donc été conçue par pour réaliser une chose dont la Commission prétend qu’elle est déjà réalisée… Quel impact peut avoir la COP sur une politique qui se dit déjà être sur la bonne voie ? Parce qu’on attend évidemment qu’elle donne des résultats ! Elle est donc suivie de près par AEIDL, une asbl qui prend en charge l’assistance technique, et évaluée par Ecorys, une entreprise externe de consultance (3).

Des défis complexes

Toute cette construction montre en fait très bien pourquoi le gender mainstreaming est difficile à implémenter dans la réflexion et les actions des différents gouvernements. La COP a finalement comme but d’intégrer le gender mainstreaming dans le ‘mainstream’ du FSE. Et sans aucun doute, l’assistance technique et l’évaluateur doivent-ils aussi garder un œil sur la manière dont le gender mainstreaming a été intégré dans les actions et les résultats de la COP. Vous suivez toujours ? Une autre difficulté réside dans la manière de travailler des cinq sous-groupes de la COP. Ils travaillent parallèlement, les uns à côté des autres, selon des processus linéaires et ciblés. Ceci dit, les membres d’un des sous-groupe, nommé ‘durabilité’ trouvent que par définition le gender mainstreaming ne peut pas être compris comme “l’égale participation des femmes à un système économique non durable”, une vision qui semble peut-être durable… mais à court terme seulement. Mais gardant un regard sur les besoins des générations futures (à long terme), c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.

Les autres sous-groupes de la COP ont pour mission d’aider les agences à insérer assurément les femmes sur le marché du travail. Et ce soutien se fait via différents projets, sans se poser la question suivante : « la notion de travail utilisée fait-elle bien référence aux différentes expériences des hommes et des femmes ? Tient-elle compte des besoins des générations futures (approche multidimensionnelle) ? Surprenant également, lors de cette conférence les termes ‘genre’ et ‘sexe’ ont été utilisés comme des synonymes, sans tenir compte des croisements avec d’autres mécanismes d’exclusion. Ainsi, les inégalités entre les sexes apparaissent comme un problème des femmes ‘frustrées’, ‘irrationnelles’ ou ‘de mauvaise volonté’ (au niveau micro), et non comme un problème de définition et d’ambition sociétale injuste (au niveau macro). Le marché du travail fonctionne – conformément aux marchés des produits – de manière exclusivement monétaire. La question de savoir si un tel marché est le meilleur lieu pour mettre en forme un système durable et socio-économiquement égalitaire, n’apparaît pas à l’agenda de la COP, et n’était pas non plus à l’ordre du jour de la conférence.

Seule, Flora n’y arrivera pas

Bien que Flora soit sur la même longueur d’ondes que d’autres membres du groupe ‘durabilité’ – notamment les dames de l’Institut de la Mujer à Madrid – seule, Flora ne pourra pas inverser la tendance. Il n’est pas clair non plus si la COP pourra en arriver là lorsqu’elle se terminera en janvier 2013. A côté du mode de fonctionnement structuré, contrôlé, linéaire et hiérarchique des institutions (commissions, administrations, agences, groupes de pratiques, assistance technique et entreprise de consultance), il y a un besoin urgent de développer un réseau résilient dans lequel la solidarité et les initiatives ‘out of the box’ pour l’égalité des chances pour être développées. C’est clairement la mission principale que Flora doit mener en tant que réseau d’expertise. De nombreuses organisations travaillant sur le terrain avec des moyens FSE savent très bien comment il est difficile de travailler de manière participative avec les groupes précarisés à la création d’un tissu socio-économique durable. Ce sont ces expériences dont une telle COP a besoin pour savoir ce qu’il faut ajouter dans le planning 2014-2020. Ceci représente l’expertise du terrain que Flora veut réunir et partager pour que nous puissions ensemble envoyer un signal fort à la Commission européenne et au FSE (4).

Notes

(1) Lors de la conférence, de nouvelles invitations vers d’autres organisations ont été lancées. Voir www.gendercop.com pour des informations sur la communauté de pratiques.

(2) Cette étude intitulée ‘Evaluation of the European Social Fund’s support to Gender Equality (2010)’ est consultable en anglais sur http://ec.europa.eu/social/, Cliquez sur ‘about us’ et après sur ‘evaluation’. Voir aussi http://www.gendercop.com/our-task/w…

(3) Flora n’a pas été payé pour sa contribution à la COP, contrairement à ces acteurs.

(4) Flora veut à sa prochaine Assemblée générale du 23 juin 2001 éclaircir sa mission et son rôle sociétal ; c’est également une invitation ouverte à tous ceux qui se reconnaissent dans la vision et l’analyse de Flora et qui veulent y apporter leur contribution. Pour vous inscrire ou avoir plus d’infos, contactez Marianne Hiernaux - mariannehiernaux[a]florainfo.be au 02 204 06 45.

Anne Snick