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4 mars 2010


Echos du comité de pilotage du projet Coaching d’insertion


Les défis de l’accompagnement socioprofessionnel aujourd’hui

Le comité de pilotage du projet Coaching d’insertion soutenu par le Fonds social européen (FSE), la Communauté française, la Région wallonne, la COCOF [1] et le Gouvernement fédéral a eu lieu le 23 octobre dernier. Nous y avions invité les participant-e-s à nos actions et leurs responsables, ainsi que d’autres personnes qui avaient manifesté un intérêt pour le coaching d’insertion. Notre objectif était de recueillir les avis de nos client-e-s sur nos actions, mais surtout de mieux percevoir leurs préoccupations afin d’ajuster notre programme à leurs besoins du moment. Voici ce qui ressort des discussions.

Participant-e-s et dispositif

La vingtaine de personnes qui avaient répondu à notre invitation venaient de Bruxelles et de différentes provinces wallonnes. Leur positionnement dans le paysage de l’insertion était aussi très varié, puisqu’on reconnaissait des représentants du FOREM [2], de l’AWIPH [3], d’un CPAS [4], d’une Mission régionale, d’un Comité subrégional pour l’emploi et la formation, d’entreprises sociales travaillant avec des titres-services et d’organismes d’insertion associatifs.

Nous leur avons demandé de réfléchir avec nous aux préoccupations actuelles des acteurs de l’insertion socioprofessionnelle. Pour cela, nous leur avons proposé d’aborder la question en sous-groupes à partir de deux angles d’attaque, à savoir le point de vue des "personnes physiques" que sont les personnes en insertion et les accompagnant-e-s, puis le point de vue des "personnes morales" que sont les organisations d’insertion et les institutions qui les encadrent. Il en est résulté une série de constats interpellants qui ont donné lieu à une discussion animée. La matinée terminée, il nous restait à mettre tout cela en rapport avec le soutien que nous voulons apporter aux accompagnant-e-s dans le cadre de notre projet Coaching d’insertion.

Point de vue des "personnes physiques"

Lorsqu’ils/elles ont cherché à se mettre dans la peau des personnes en insertion qu’ils/elles accompagnent eux/elles-mêmes au jour le jour ou que leur organisation accompagne, les membres de nos sous-groupes ont pointé une série de préoccupations que les personnes amènent dans la relation de coaching.

- La mobilité est un problème bien factuel (transports en commun insuffisants et/ou inadéquats, cercle vicieux voiture/emploi) mais la représentation que chaque personne se fait de sa mobilité n’est pas négligeable pour autant.
- La garde des enfants est aussi un problème factuel en raison du manque de places offrant un accueil suffisamment flexible, mais la difficulté pour s’entendre entre conjoints ou les stéréotypes chez l’employeur peuvent aussi venir sur le tapis.
- Les personnes en insertion se heurtent à des discriminations sur base de leur nationalité, de leur sexe – parfois dans les deux sens : qu’on pense aux tâches que l’on confie aux hommes dans l’aide ménagère – ou de leur âge. Un gros travail sur les représentations est indispensable, tant avec les personnes elles-mêmes qu’avec les employeurs.
- Les personnes en insertion manquent d’information : elles ne savent pas quoi faire et elles perdent du temps (formation après plusieurs années). Plus fondamentalement, elles méconnaissent les compétences, les exigences, les lois… qui prévalent sur le marché de l’emploi. Ceci renvoie à une certaine dislocation des codes sociaux : beaucoup de personnes sous-estiment l’impact de leurs comportements sur les employeurs.
- Quand on aborde la question de la qualification, les interrogations se bousculent : comment traiter simultanément la perception des personnes en insertion, qui mettent en évidence leur manque de qualification, et les exigences parfois trop grandes chez l’employeur ? Lorsqu’une personne ne maîtrise pas la lecture et l’écriture, faut-il d’abord l’orienter vers l’alphabétisation ou soutenir sa recherche d’un emploi, sachant que les exigences des employeurs se sont accrues par rapport à il y a 20 ans ? Le marché de l’emploi étant ce qu’il est, que faire avec les personnes venant de l’enseignement spécial ?
- La dimension financière est une solide pierre d’achoppement pour la motivation à l’emploi car le risque de perdre des revenus est loin d’être marginal et il faut aussi que la personne puisse faire face aux frais liés à l’emploi.
- Le sentiment d’insécurité va croissant : quand on additionne les emplois précaires et les divorces, l’investissement devient difficile, avec pour conséquence que beaucoup de personnes vivent au jour le jour. Lorsque quelqu’un vient dans un organisme d’insertion – volontairement ou sous la contrainte – sans projet ou avec un projet flou, il faut lui apprendre à structurer les démarches, tout en reconnaissant le sentiment d’urgence et le besoin de stabilité, et tout en restaurant la confiance en soi et les capacités de gérer un projet de vie personnel. Tout un programme !

Lorsque les accompagnant-e-s ont réfléchi à leur propre situation, le tableau n’est pas devenu plus rose. Il est manifeste que les personnes en insertion et leurs accompagnant-e-s partagent les mêmes conditions :

- Il existe une interdépendance entre les bénéficiaires et les professionnel-le-s : faire des heures de formation ou atteindre les quotas de mise à l’emploi conditionne le financement des postes de formateur ou d’accompagnant.
- L’obligation de résultats bat en brèche les valeurs. On choisit les personnes à accompagner avec en tête les quotas de mise à l’emploi que l’organisme doit atteindre. Les accompagnant-e-s doivent faire violence à l’organisation de la personne, parfois en désaccord avec leurs valeurs personnelles (par exemple poser des exigences horaire à un-e chômeur/euse au détriment des qualités relationnelles et sans pouvoir même garantir que l’emploi suivra).
- La stabilité d’emploi des accompagnant-e-s et leurs conditions de travail laissent à désirer (salaires bas, temps partiels, manque de temps pour un travail de qualité…) Le problème est croissant avec la crise. Les organismes d’insertion demandent souvent beaucoup plus que les compétences requises et la polyvalence est mal valorisée. Le manque de moyens, de formations, d’outils… allié à la précarité des statuts génère un manque d’enthousiasme et d’investissement, ce qui fait que le turn-over élevé n’est pas surprenant.

On peut conclure que les personnes en insertion et les travailleurs/euses sociaux/ciales qui les accompagnent sont dans le même bateau… sur une mer agitée.

Marie-Rose Clinet