Dans cette nouvelle publication, l’asbl Flora évalue à quel point l’exposition “Féminin pluriel/Vrouwelijk meervoud” – réalisée par des femmes précarisées en insertion socioprofessionnelle – a contribué au renforcement de la participation culturelle ou sociale de ces femmes. On analyse également dans quelle mesure l’exposition peut être utilisée comme levier en faveur de la participation culturelle. Cette publication reprend autant les réactions du terrain que les réflexions théoriques… C’est l’interaction permanente entre ces deux niveaux qui a mené à un matériel de discussion intéressant. La tournée de l’exposition (12 villes belges) a permis à Flora de confronter sa vision de base à l’expérience du terrain.
Nous vous en livrons ici les conclusions principales (la publication est disponible dans sa totalité en néerlandais ici)
Problématique sociale
Stimuler la participation culturelle sans prendre en considération les mécanismes d’exclusion, souvent implicites, a peu de sens. La participation doit donc devenir un élément transversal de la politique. Pour le bon fonctionnement de la société (prise en charge de toutes les formes de travail) il est important que les citoyens soient conscient qu’ils peuvent y contribuer. L’exposition de Flora a aidé les femmes qui y ont pris part, à prendre conscience de l’importance de cette participation sociétale et à renforcer leur confiance en elle et leur fierté. Elle a donné aux femmes un sentiment d’appartenance, d’être utiles à la société. La participation culturelle, au sens étroit, peut ainsi être imbriquée dans la participation à la société au sens large.
Problématique Culturelle
Dans ce projet, la participation culturelle n’a pas pour objectif de faire enter les femmes précarisées dans le cadre de l’offre culturelle déjà existante, ni de les cantonner à développer leur “propre” production culturelle. Le fait que ces femmes “ne participent pas” est, entre autre, lié au fait que la société n’est pas assez ouverte à leurs manières de vivre et à leurs codes. L’expo “Féminin pluriel” a mis en place une vision de la participation dans laquelle la rencontre entre les différentes cultures et milieux de vie est centrale. Pour aller à la rencontre de l’autre, il est toutefois important de d’abord s’approprier sa propre culture pour développer une ‘réflexion’ sur sa propre vie. Pour cette raison, l’expo a suivi un processus socio-artistique dans lequel on est parti de ce que les femmes connaissent et de ce dont elles sont capables. On se base sur leur vie comme point de départ de l’expression artistique, et comment elles peuvent collaborer pour donner une dimension collective à leur récit individuel.
Problématique du genre
Dans la vision de la participation qui a été élaborée au cours de l’exposition, le genre est un élément central. Le genre concerne les divers rôles et tâches (différentes formes de ‘travail’) que les hommes et les femmes peuvent assumer dans notre société. Etant donné que les femmes peu scolarisées s’occupent essentiellement du travail de soin, elles ont très peu accès à l’espace ‘public’. Elles obtiennent d’autant moins l’occasion de rencontrer d’autres personnes, de développer leurs propres positions et de prendre conscience qu’elles peuvent contribuer à un groupe plus large. Si ces femmes ne participent pas à la culture, c’est souvent parce qu’elles pensent que ce n’est “pas pour elles”. Au cours de l’élaboration de l’expo, en passant par des activités créatives en lien avec la vie des femmes et les tâches de soin qu’elles effectuent, cet obstacle a pu être surmonté.
Problématique Socio-économique
Pour les femmes précarisées, la formation ou l’emploi (travail ‘productif’) est souvent le seul moyen possible de quitter la sphère privée et d’accéder à l’espace public. La manière dont le ‘travail’ est conçu dans la sphère économique entretient des rapport tendus avec la notion de participation. Le processus d’activation vers le marché de l’emploi met souvent l’accent sur les déficits de ces femmes, déficits dans leurs connaissances, leurs aptitudes, leurs compétences et leurs motivations. Cela renforce leur sentiment d’incapacité à contribuer à la société et cela les marginalise. La condition de base à la participation est ainsi écartée. L’expo nous apprend que si pour renforcer la participation à la culture de ces femmes, il faut également travailler sur les obstacles qui proviennent de la réalité socio-économique. Des activités culturelles et expressives comme celles de l’expo posent les bases de la confiance en soi et bâtissent des ponts vers une société plus large. Les activités socio-artistiques proposées correspondaient aux réalités de ces femmes, d’autant plus qu’elles venaient d’organismes où les femmes vivent au quotidien et où toutes les sortes de travail sont prises en compte.
Rôle de l’associatif
L’expérience de l’expo a clairement mis en évidence le rôle unique que l’associatif peut jouer pour briser le cercle vicieux qui empêche ces femmes d’accéder à la culture. En faisant de l’espace pour les différentes formes de travail et en travaillant à un projet collectif, ces associations rendent la participation possible, ce qui est difficile à réaliser dans un autre contexte.


