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1er décembre 2007


Bons baisers de Namur !


Namur et Saint-Nicolas fondent l’une pour l’autre (et pour leur chocolat)

Le 12 octobre, Forma (entreprise de formation par le travail en nettoyage), Au Plus Net (coopérative de nettoyage) et Mo-Clean (service mobile de nettoyage) se sont rencontrés à l’occasion de l’exposition “Vrouwelijk meervoud – Féminin pluriel” à Namur. Bien que toutes ces organisations soient actives dans le secteur du nettoyage et qu’à première vue, leurs activités se ressemblent fort, elles ont néanmoins découvert un certain nombre de différences.

Forma : un projet d’expérience professionnelle dans le nettoyage

Forma organise des formations pour les femmes au chômage ou bénéficiant d’un revenu d’intégration. Les stagiaires, suivent – en fonction de leurs nécessités et de leurs besoins – un parcours de formation de minimum 3 mois et de maximum 18 mois. Ce parcours est accompli en partie sur chantiers et en partie au centre de formation. Concrètement, chaque matin, les femmes nettoient chez des clients, encadrées par une formatrice. L’après-midi, un grand nombre de thèmes variés (santé, citoyenneté, accueil des enfants, …) sont abordés avec les femmes pendant la formation générale. Avec sa formation, Forma souhaite préparer les stagiaires à l’emploi dans le secteur classique du nettoyage. Les stagiaires traversent chaque fois un processus en trois phases. Durant une première phase, une attention particulière est accordée à la formation. Petit à petit, les femmes apprennent à organiser leur vie et leur travail de manière équilibrée. Dans une deuxième phase, les femmes obtiennent un contrat à durée déterminée et l’accent est mis de plus en plus sur l’emploi. Dans une dernière phase, les femmes sont accompagnées par une jobcoach, pas seulement dans le cadre de leur recherche d’emploi, mais aussi une fois qu’elles sont à l’emploi.

Au Plus Net : une entreprise de nettoyage de l’économie sociale

La société coopérative à finalité sociale Au Plus Net a été créée suite au constat que les femmes qui accèdent au marché de l’emploi via Forma se retrouvent trop souvent dans des entreprises où elles sont exploitées par leurs employeurs. La fondatrice souhaite offrir, avec Au Plus Net, de nouvelles possibilités d’accès au marché de l’emploi, qui accordent davantage d’attention à la situation (difficile) dans laquelle les femmes se trouvent. En d’autres termes, l’organisation du travail s’opère en fonction de la situation des travailleuses (contrats, horaires adaptés, etc.) Au Plus Net a démarré ses activités avec trois femmes et est devenue, en l’espace de deux ans et demi, une entreprise de 32 femmes (nettoyage industriel et nettoyage au domicile de particuliers dans le cadre des titres-services). Une condition essentielle pour être embauchée chez Au Plus Net est d’être motivée à travailler. Les femmes doivent surtout “vouloir travailler” et ce avec tous les sens possibles : “je veux m’en sortir”, “je veux donner un sens à ma vie”, “je veux être reconnue pour mes capacités”, “je veux gagner de l’argent”… Autrement dit, Au Plus Net veut des travailleuses qui sont impliquées dans leur entreprise, qui veulent travailler ensemble au développement de “leur” coopérative. Une coopérative désireuse de se mettre essentiellement au service de clients qui veulent s’investir dans une économie solidaire qui ne laisse aucune chance à l’exploitation, entre autres, des femmes (peu scolarisées). On recherche en permanence un équilibre entre les attentes des clients et les possibilités des techniciennes de surface.

Mo-Clean : un atelier social – un service mobile de nettoyage

L’atelier social (“sociale werkplaats”) Mo-Clean propose un emploi subventionné permanent à 31 femmes peu scolarisées (avec un contrat à durée indéterminée). La Belgique néerlandophone compte 96 ateliers sociaux dont seulement 26 sont plus grands que Mo-Clean. Les services de nettoyage sont assurés auprès d’une grande variété de clients : particuliers, bureaux d’affaires, petites organisations socioculturelles, organisations d’aide sociale, PME, établissements scolaires et immeubles à appartements.

Avec ses activités de nettoyage, Mo-Clean s’adresse à des femmes inactives depuis au moins cinq ans et qui n’ont pas de diplôme de l’enseignement secondaire supérieur. Il s’agit souvent de femmes défavorisées qui cumulent de nombreux problèmes personnels ou liés à leur environnement, ce qui ne facilite pas la recherche et le maintien à l’emploi sur le marché de l’emploi classique. Bien que la transition vers le marché de l’emploi classique ne soit pas exclue, ce n’est pas le principal objectif. Une des techniciennes de surface est employée chez Mo-Clean depuis 25 ans.

Une des caractéristiques exceptionnelles de Mo- Clean en tant qu’atelier social est le fait qu’il consacre vingt pour cent du temps de travail à la formation (générale) personnalisée et à l’accompagnement individuel. En d’autres termes, il ne donne pas seulement un emploi aux femmes, mais il œuvre aussi pour leur intégration dans la société, une société qui les exclut de nombreux domaines (santé, logement, culture…)

Nettoyer, encore nettoyer, toujours nettoyer…

Après les présentations mutuelles, il restait encore quelques points d’interrogation.

“Qu’en disent les clients ? Ne devons-nous pas tra ailler aujourd’hui ?” (Forma/Au Plus Net)

Les femmes de Forma et d’Au Plus Net étaient sidérées par le grand nombre de femmes de Mo- Clean qui avaient fait le déplacement pour l’exposition à Namur. Elles-mêmes n’avaient pu venir qu’à quelques-unes car le reste du groupe devait terminer le travail chez les clients habituels.

Mo-Clean : “Nous estimons que la participation de toutes nos femmes est essentielle. C’est pourquoi nos accompagnatrices ont trouvé un arrangement avec les différents clients : le travail des techniciennes de surface a pu être réorganisé de manière à satisfaire les clients.”

“Nous trouvons inconcevable que vous puissiez offrir un contrat à durée indéterminée à toutes vos femmes ! Comment est-ce possible ?” (Forma/Au Plus Net)

Mo-Clean : “Pour stimuler l’insertion des chômeurs difficiles à placer, le gouvernement flamand rembourse une partie du salaire net à l’employeur (subvention salariale dégressive). Autrement dit, le salaire des femmes se compose d’une partie subventionnée (progressivement décroissante) et d’une partie des recettes de l’atelier social. Outre une subvention salariale, un atelier social a également droit à une subvention d’encadrement, c’est-à-dire à une intervention dans le coût salarial d’un membre du personnel équivalent temps plein pour 5 travailleurs du groupe cible équivalents temps plein”.

“Pourquoi parlez-vous (Forma) de ‘stagiaires’ et non pas de ‘travailleuses’ ?” (Mo-Clean)

Forma : “Le nettoyage effectué par nos femmes fait partie intégrante d’un parcours de formation (il ne s’agit pas d’un emploi proprement dit), elles apprennent à nettoyer – effectuent un stage – sur le lieu de travail. Dans ce cadre, les femmes ne perçoivent pas de salaire, mais bien un supplément d’1 euro par heure à leur allocation de chômage.”

“Lorsque vos accompagnatrices ne dispensent pas de formation, que font-elles ?”(Forma)

Il y a beaucoup d’agitation chez les techniciennes de surface et les accompagnatrices de Mo-Clean lorsque les techniciennes de surface de Forma expliquent que leurs accompagnatrices commencent parfois à travailler une heure avant elles, c’est-à-dire à 7 heures du matin. Les accompagnatrices de Mo-Clean aimeraient en connaître la raison.

Forma : “Pendant la première phase du processus de formation, nous accordons une grande importance à la formation et à la satisfaction des conditions essentielles (conciliation travail/vie defamille, transport, accueil des enfants). Les femmes apprennent notamment à (mieux) harmoniser leur travail et leur vie privée. Durant cette période, il arrive parfois que le travail (nettoyage) soit un peu difficile… et dans ce cas, ce sont les accompagnatrices qui font le travail des techniciennes de surface. Les accompagnatrices sont en effet responsables de la qualité des services fournis aux clients.”

Lorsque les accompagnatrices de Mo-Clean signalent que leur tâche ne consiste pas à effectuer le travail des techniciennes de surface, les femmes de Forma et d’Au Plus Net se demandent quelles sont leurs tâches. À vrai dire, il règne une certaine confusion autour du terme “formatrice/accompagnatrice”… Chez Forma, il s’agit d’accompagnatrices techniques qui travaillent sur les chantiers et d’accompagnatrices pédagogiques qui dispensent une formation au centre de formation. Lorsqu’elles entendent que les accompagnatrices de Mo-Clean ne travaillent pas chez les clients et ne dispensent aucune formation, elles perdent le nord…

Mo-Clean : “Les accompagnatrices entretiennent des contacts avec les clients, établissent les horaires et rendent régulièrement visite aux travailleuses. Au fond, elles sont les antennes de l’organisation… En cas de problème au travail, dans le groupe ou sur le plan personnel, elles seront les premières à en être informées. Elles font office de personne de confiance des techniciennes de surface, d’une part, et des clients, d’autre part.”

“Quelle est la différence majeure entre le travail chez Forma et le travail chez Au Plus Net ?” (Mo-Clean)

Forma : “Chez Au Plus Net, il faut travailler plus souvent seule. Ce n’est pas une situation de formation et ce n’est pas évident. Avec Forma, on est en effet habituée à travailler en groupe et avec le soutien de l’accompagnatrice. La disparition de ce soutien ne doit pas être sous-estimée, car il ne s’agit en effet pas seulement de la disparition d’une assistance technique, mais aussi du détachement par rapport à une personne de confiance à laquelle vous vous êtes attachée pendant le processus de formation. Heureusement, Forma et Au Plus Net se trouvent (volontairement) dans la même rue, ce qui permet de ne pas couper complètement le lien avec Forma (et ses accompagnatrices). Non seulement la proximité physique de Forma, mais aussi la possibilité de se souvenir de leur parcours chez Forma est d’une importance capitale pour les femmes qui accèdent à l’emploi chez Au Plus Net.”

“Les femmes doivent-elles opter, dès le départ, pour le nettoyage industriel ou avec des titres-services ?” (Mo-Clean)

Au Plus Net : “Lors de leur engagement, les techniciennes de surface doivent effectivement déjà faire leur choix : nettoyage industriel ou chez des particuliers. Nous partons du principe que, chez Forma, elles ont appris quel type de nettoyage leur convient le mieux, car il existe une grande variété d’emplois dans le secteur du nettoyage : individuel ou en groupe, avec ou sans machine, dans une entreprise ou au domicile du particulier, seule ou avec des gens, etc.”

Forma : “Grâce à un système de rotation, nous permettons aux stagiaires d’essayer diverses variantes du nettoyage. Une semaine, par exemple, les techniciennes de surface suivent leur stage à l’atelier 1 sous la surveillance de l’accompagnatrice X, et l’autre semaine, nous retrouvons ces mêmes femmes à l’atelier 2 auprès de l’accompagnatrice Y. De cette façon, nous voulons offrir aux femmes un aperçu des différents emplois existants dans le secteur du nettoyage, dans l’espoir qu’à l’issue du parcours de formation, les femmes choisissent, de manière avisée et consciente, un emploi déterminé.”

Forma : “En effet, il est bon de découvrir ce qui vous convient le plus/ce qui vous intéresse le plus, mais la rotation constante (tous les 14 jours) ne doit surtout pas être sous-estimée. Vous ne devez pas seulement apprendre à accomplir de nouvelles tâches, mais également à gérer les rapports avec de nouvelles personnes et c’est parfois un peu pénible. Chaque fois, vous devez de nouveau apprendre à connaître les gens et à établir une relation de confiance.”

… et alors est venue l’heure des “sweets and kisses”

Manifestement, les femmes issues des différentes organisations n’ont pas seulement le sens du nettoyage en commun, mais aussi le sens du chocolat, car au moment du départ, le chocolat passait de main en main. Pendant que Mo-Clean gâtait les femmes de Forma et d’Au Plus Net avec des fruits de mer en chocolat (un produit typique de Saint-Nicolas), les organisations namuroises faisaient leurs adieux avec un “baiser de Namur”, c’est-à-dire un biscuit légèrement meringué aux amandes, farci d’une crème au beurre chocolaté… Les adieux étaient sucrés et avaient un goût de trop peu, d’où l’idée de permettre aux techniciennes de surface de refaire une journée de stage auprès d’une autre organisation !

Sofie Giedts